Martin Luther, figure emblématique et complexe du XVIe siècle tumultueux, continue d'exercer une influence profonde aujourd'hui. C'est pourquoi Eos History lui consacre une édition spéciale.
Les bureaux des éditions Eos surplombent la Fuggerstraat, nommée d'après la puissante famille de banquiers catholiques allemands qui disposait d'une succursale à Anvers. Au début du XVIe siècle, Jakob Fugger fut impliqué dans le scandale des indulgences, déclencheur direct de la Réforme : les fidèles pouvaient littéralement acheter leur salut, une partie des fonds revenant aux Fugger sous forme de commissions.
La Réforme débute par l'indignation du moine augustin Martin Luther contre ces abus. Selon la tradition, le 31 octobre 1517, il affiche ses 95 thèses à la porte de l'église du château de Wittenberg. Si Anvers conserve la mémoire du capitalisme naissant, aucune rue ou place n'honore Luther. L'histoire est écrite par les vainqueurs : en cinq siècles, aucun conseil municipal n'a rendu hommage à cette grande figure européenne.
Anvers joue un rôle clé dans les premières années post-Luther. Avant l'arrivée de Christophe Plantin en 1549, cette ville commerçante est un pôle d'imprimerie majeur, propice à la diffusion des idées luthériennes dans le « Wittenberg sur l'Escaut ». Elles touchent marchands aisés et moines augustins du Sint-Andrieskwartier. Hélas, cela mène aux deux premiers martyrs de la Réforme aux Pays-Bas. Les luthériens anversois ouvrent la voie aux calvinistes plus radicaux, dominants dès 1550.
L'impact de Luther dépasse l'Allemagne, où il est célébré pour sa contribution à la langue moderne. Il divise l'Europe religieusement, culturellement et économiquement, justifiant pleinement cette édition spéciale d'Eos History.
