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Tchernobyl : Le calme trompeur avant la catastrophe nucléaire de 1986

Le 26 avril 1986, à 1h22 du matin, tout semblait calme à la centrale nucléaire Vladimir Ilitch Lénine, près de Tchernobyl. Dans le réacteur n°4, des tests étaient en cours quand tout a basculé. À 1h23min44s, une explosion cataclysmique s'est produite, libérant 30 à 40 fois plus de retombées radioactives qu'Hiroshima et Nagasaki réunis. De vastes régions d'Europe ont été contaminées.

Tchernobyl : Le calme trompeur avant la catastrophe nucléaire de 1986

La catastrophe de Tchernobyl, classée niveau 7 sur l'échelle INES, reste la pire de l'histoire nucléaire.

Des alertes venues de Suède ont révélé une radioactivité anormale. Un satellite espion américain a alors détecté le désastre. Ce que les autorités soviétiques minimisaient est devenu une crise mondiale.

Passionné par les lieux abandonnés en état de délabrement avancé, je photographie et documente leur évolution. La zone d'exclusion de 30 km autour de Tchernobyl, surveillée par l'armée ukrainienne, m'a fasciné par sa désolation et ses leçons sur les conséquences nucléaires. L'avenir de notre écosystème et la production d'énergie m'interpellent profondément, influencés par des enjeux politiques et économiques.

Tchernobyl : Le calme trompeur avant la catastrophe nucléaire de 1986

Ce samedi fatal, le réacteur n°4 approchait de la fin de son cycle. L'opportunité de tester le système de refroidissement d'urgence a été saisie. Il faut environ 28 000 litres d'eau par heure et par barre de combustible pour contrôler la température. Mais une erreur a fait chuter la puissance trop vite, déclenchant une réaction en chaîne à 30 gigawatts – dix fois la normale. Une explosion de vapeur, puis chimique, a détruit le toit, projetant un nuage radioactif dans l'atmosphère.

Visiter la zone d'exclusion n'est pas une simple excursion touristique. Grâce à une agence ukrainienne spécialisée, j'ai obtenu un accès privilégié pour un voyage sur mesure, bien au-delà des circuits standards.

En septembre 2008, j'y suis allé pour deux jours avec ma compagne, dormant à l'hôtel-conteneur Spartan de Tchernobyl. Ma passion m'a ramené en 2009 pour cinq jours et quatre nuits en chambre n°16.

Tchernobyl : Le calme trompeur avant la catastrophe nucléaire de 1986

Dosimètre
Les rayonnements post-catastrophe ont dépassé toutes les mesures connues. Une dose de 500 röntgens sur 5 heures est létale ; 20 000 röntgens/heure ont été relevés près du site. Les non-protégés ont succombé en minutes. Après 24 heures de déni, l'évacuation de Pripyat (près de 50 000 habitants) a été ordonnée. En 3 heures, 2 000 bus les ont évacués sous prétexte d'un retour en 3 jours. Personne n'est revenu. Au total, 330 000 personnes ont été déplacées, surtout en Biélorussie et Ukraine.

Mon dosimètre personnel mesurait l'exposition horaire et cumulée. Le fond naturel est <0,30 µSv/h ; au-delà de 20 µSv/h, protection requise (norme des centrales). Une couche de tissu suffit souvent. Le pic : 352,30 µSv/h sur une pierre dans une tour de refroidissement (1 175 fois la limite).

Sarcophage
Les victimes directes : 31. Le bilan total pourrait atteindre des centaines de milliers. 600 000 liquidateurs ont nettoyé et bâti le sarcophage en béton (prévu 10 ans, toujours en place malgré son état). Un nouveau dôme, par Novarka (franco-allemand), est en préparation.

Tchernobyl : Le calme trompeur avant la catastrophe nucléaire de 1986

Aujourd'hui, la zone est un havre pour la faune et la flore. Mais les effets du rayonnement divisent les experts. De 2006 à 2009, Tim Mousseau et Anders Møller ont recensé une biodiversité réduite dans les zones les plus contaminées : anomalies chez les hirondelles (plumes tordues, malformations, albinisme).

Pourtant, chevaux de Przewalski (100 individus sauvages sur 1 500 mondiaux), bisons, lynx, loups, cigognes, aigles pullulent. Nous avons vu sangliers et élan. Cette oasis de paix, loin du cauchemar pour beaucoup, me donne envie d'y séjourner un an.

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