Jusqu'au début du XXe siècle, l'Église catholique en Belgique contrôlait strictement les lectures des fidèles, intervenant activement. De nombreux historiens en attestent.

Contrôle strict sur les lectures
En 1842, l'écrivain Hendrik Conscience (1812-1883), greffier à l'Académie royale des Beaux-Arts d'Anvers, est célèbre dans les milieux pro-flamands grâce à De leeuw van Vlaanderen. Mais l'Église le voit d'un mauvais œil : les romans, influencés par l'esprit libéral français, stimulent l'imagination sans ancrage dans la foi catholique.
Un lion sans crocs
Dans In 't Wonderjaer (1837), Conscience glorifie la révolte des mendiants contre l'Espagne au XVIe siècle. De leeuw van Vlaanderen inclut des scènes violentes et une romance entre Machteld, fille du comte de Flandre, et le chevalier Adolf van Nieuwland.
Faute d'éditeurs flamands, Conscience finance lui-même l'impression. Soulagement quand l'inspecteur des prisons T. Sorlus, via Gustaaf Wappers, prévoit d'acheter les ouvrages pour les bibliothèques carcérales néerlandophones. Mais le chanoine Jan-Baptiste Van Hemel, censeur librorum de Malines, s'y oppose.
Malgré la séparation Église-État, le clergé influence les décisions, y compris pénitentiaires. Van Hemel exige des modifications pour débloquer la commande et permettre la lecture au Petit Séminaire de Malines (600 élèves).
Conscience cède. In 't Wonderjaer devient Het Wonderjaer : meilleurs rôles pour les prêtres, foi catholique centrale. Dans De leeuw, suppression des déclarations sanguinaires de Breydel ; Machteld aime désormais son chevalier "comme une sœur". Préfaces flamandes retirées. Les versions censurées paraissent en 1843, pavant le succès de Conscience, mais au prix de sa crédibilité et d'une prudence nuisant à son œuvre.
Cet extrait provient d'un article complet sur la censure en Belgique, publié dans le dernier numéro de Mémo Eos, magazine d'histoire d'Eos (2020). Il aborde aussi la réécriture de Pallieter de Felix Timmermans, les accusations de "pornographie" contre Gerard Walschap, et Gangrene 1 : Black Venus de Jef Geeraerts, best-seller malgré l'opposition de l'Église et de l'État pour ses scènes sexuelles explicites.