Environ 15 % des enfants présentent une personnalité anxieuse, les exposant à un risque élevé de développer un trouble anxieux ou une dépression à l'âge adulte. Des scientifiques ont identifié les marqueurs cérébraux de ce trait et proposent une thérapie précoce pour prévenir l'anxiété.

Une personnalité anxieuse est héréditaire à 29 %
Depuis vingt ans, le psychiatre américain Ned Kalin, de l'Université du Wisconsin, étudie les mécanismes génétiques et moléculaires à l'origine d'une personnalité craintive. Il présente aujourd'hui des preuves solides démontrant la faisabilité d'un traitement préventif contre l'anxiété et la dépression, dans un article de synthèse publié dans la revue European Neuropsychopharmacology.
Les recherches de Kalin portent principalement sur de jeunes singes rhésus, dont le développement cérébral et les réactions de peur sont similaires à ceux des humains. Comme chez les enfants, certains de ces singes réagissent de manière extrêmement anxieuse face aux étrangers et aux situations nouvelles : ils préfèrent rester près de leur mère, jouent moins avec leurs pairs et maintiennent une réaction de peur prolongée, même après la disparition du "danger". Ils se raidissent, restent immobiles et présentent des niveaux élevés de cortisol, l'hormone du stress.
Les scintigraphies cérébrales chez les enfants et les singes révèlent des résultats concordants : une personnalité anxieuse est liée à une dysfonction de l'amygdale et à une connexion altérée entre le cortex orbitofrontal et son noyau central, clé dans les réactions de peur.
Expérimentalement, l'inactivation chirurgicale du noyau central de l'amygdale ou du cortex orbitofrontal réduit la peur chez les singes, ce dernier semblant réguler l'amygdale.
Une étude sur près de 600 singes rhésus confirme l'hérédité à 29 % de ce trait craintif, similaire chez l'humain. Kalin a identifié des variants des gènes CRHR1 et CRHR2 dans le noyau central de l'amygdale, central dans le circuit cérébral de l'anxiété.
"L'expression de ces gènes peut être modulée", explique Kalin, qui a testé une méthode ciblant cette expression dans le noyau central chez des singes décédés.
Conclusion : les singes rhésus sont un modèle idéal pour étudier l'anxiété et tester de nouveaux traitements. "Nous espérons développer des thérapies précoces contre l'anxiété et la dépression, voire des interventions préventives", conclut-il.
Un adulte sur quatre souffre d'un trouble anxieux (panique, phobie sociale, stress post-traumatique), souvent en comorbidité.