La crise du COVID-19 s'accompagne d'une véritable pandémie de désinformation. Un "vaccin psychologique", administré via des jeux ou des infographies, peut booster la résistance aux fausses nouvelles.
Il y a quelques années, le chatbot Tay de Microsoft avait fait scandale. Ce logiciel vocal basé sur l'IA avait rapidement adopté des discours racistes et sexistes sur les réseaux sociaux. Les comptes autonomes d'apprentissage automatique étaient faciles à détecter, et les plateformes les supprimaient vite. Aujourd'hui, ce sont les comptes cyborg – initialement gérés par des bots, puis repris par des humains – qui manipulent efficacement les médias sociaux. Ils excellent dans la diffusion de fake news et sont difficiles à repérer.
La crise du COVID-19 amplifie les théories du complot, florissantes en période d'incertitude. Virologues chinois, réseaux 5G ou Bill Gates deviennent les méchants désignés. Cela reste anodin jusqu'à ce que des groupes extrémistes s'en mêlent, contestant les campagnes de vaccination ou influençant les processus démocratiques, comme l'assaut du Capitole en janvier, orchestré sur les réseaux sociaux.
Il y a dix ans, des mouvements comme Occupy Wall Street ou le Printemps arabe illustraient la "démocratie en action" grâce aux plateformes numériques. Depuis, les données sont devenues une marchandise précieuse pour les géants du web, et les algorithmes enferment les utilisateurs dans des bulles de filtre.
'Avec un vaccin psychologique, nous pouvons augmenter la résistance aux arguments trompeurs, avant même que les gens n'entrent en contact avec eux'Jon Roozenbeek, Université de Cambridge
L'enquête sur les fake news et la désinformation est au cœur du nouvel Eos 2020. Des applications concrètes existent déjà. "Avec un vaccin psychologique, nous pouvons renforcer la résistance aux arguments trompeurs avant même le contact", explique Jon Roozenbeek, de l'Université de Cambridge. Ses jeux en ligne révèlent les mécanismes des fake news : les joueurs manipulent eux-mêmes l'information, plus efficace que de simples avertissements. Des techniques psychologiques comme le nudging incitent les usagers des réseaux à plus de réflexion. Attention : l'effet est temporaire sans rappels.
L'impact des technologies sur notre vie est immense, mais la crise a révélé des lacunes. Peu d'entreprises ou d'écoles ont basculé rapidement vers le télétravail ou l'enseignement à distance. L'application corona a tardé, et sa adoption reste faible. La vraie littératie numérique implique de comprendre les plateformes et algorithmes. Bon point pour les lecteurs d'Eos : les connaissances scientifiques protègent contre la désinformation.
Le nouveau Eos est disponible en kiosque dès le jeudi 18 février et peut d'ores et déjà être commandé en ligne dans notre magasin de magazines.