Il y a quatre siècles, les marchands hollandais ont propulsé le café sur la scène européenne.

La première source écrite européenne sur la consommation de café dans le monde arabe émane du botaniste et voyageur allemand Leonhard Rauwolf (1535-1596). Sa description fut immédiatement traduite en néerlandais ancien : « la boisson appelée chaube, presque aussi noire que l'encre. Ils la boivent généralement tôt le matin, même en plein air, sans hésiter, dans des plats en terre ou en porcelaine profonde, aussi chaude que possible. »
Au XVIe siècle, le Yémen était le centre du commerce du café. En 1613, le marchand en chef Pieter van den Broecke arriva dans le port yéménite de Mocha pour explorer de nouvelles opportunités commerciales au nom de la Compagnie néerlandaise des Indes orientales (VOC). Il observa : « une espèce de haricots noirs comme la racine creuse de boontjes qui font de l'eau noire et la boivent chaude. »
Ses tentatives pour s'établir à Mocha furent ardues : les musulmans refusaient toute ingérence chrétienne dans leur commerce, et la menace de guerre planait sur ce port stratégique. En 1616, lors d'une seconde expédition, après de nouveaux échecs, Van den Broecke fit sortir clandestinement un caféier vers l'hortus botanicus de Leiden. Quelques décennies plus tard, des boutures furent transplantées dans les colonies hollandaises tropicales comme Ceylan (actuel Sri Lanka) et Java (Indonésie). La VOC y créa les premières plantations hors du monde arabe, dominant ainsi le marché du café pendant des décennies.
En 1723, la France planta son premier caféier, reçu en cadeau des Néerlandais, sur l'île de Martinique. De là, la culture se répandit en Amérique latine. La conquête mondiale du café s'explique par ses effets stimulants : depuis l'Antiquité, on lui prêtait des vertus miraculeuses, notamment médicinales, contre les troubles digestifs, comme coupe-faim et ant fatigue.
L'écrivain français Honoré de Balzac fut l'un des plus grands buveurs de café : la légende lui attribue 50 tasses d'espresso par jour. Il décrivit son effet : « Tout est en ébullition. Les formes et les personnages surgissent spontanément. Le papier se remplit d'encre, tout cela parce que le travail de nuit commence et se termine par des flots d'eau noire, tout comme une bataille sur le champ de bataille commence et se termine par de la poudre noire. »
Dans la première moitié du XVIIe siècle, le café restait exotique. Dès 1650, il se démocratisa dans les rues puis les cafés. Certains y virent une menace : médecins concurrencés par ses vertus supposées, Église catholique le qualifiant initialement de boisson diabolique. L'historien Jules Michelet (1798-1874) y discerna une révolution positive : réduction de l'alcoolisme, nouvelles manières sociales et tempéraments adoucis. Les cafés réunissaient intellectuels échangeant idées autour d'une tasse, semant les graines de bouleversements comme la Révolution française. Aujourd'hui encore, le café conserve cette image fédératrice et sociale.