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Ignace Semmelweis : la découverte révolutionnaire du lavage des mains contre la fièvre puerpérale

Au XIXe siècle, jusqu'à un tiers des jeunes mères succombaient à la fièvre puerpérale, une maladie mystérieuse. Ce n'est qu'en 1847 qu'un médecin hongrois à Vienne, Ignace Semmelweis, identifia la cause et la solution.

En 1784, l'Allgemeines Krankenhaus (AKH) ouvre à Vienne, capitale de l'Empire des Habsbourg. À l'instigation de l'impératrice Marie-Thérèse, mère de 16 enfants, Joseph II y crée la plus grande maternité du monde. Les Viennoises modestes y accouchaient, faute de moyens pour un suivi à domicile par un médecin privé ou une sage-femme.

Pour les sages-femmes, les femmes enceintes n'étaient guère plus qu'un support pédagogique

Accoucher en maternité était alors une épreuve. Avec l'essor de la médecine scientifique, les hôpitaux universitaires manquaient de patientes pour former les étudiants. À Vienne, dans la première division, médecins et étudiants pratiquaient des examens gynécologiques maladroits sur les parturientes. La seconde division, gérée uniquement par des sages-femmes expérimentées, évitait ces manipulations douloureuses.

À l'arrivée, la répartition en divisions dépendait des lits disponibles. La première division affichait un taux de mortalité terrifiant : sur 3 000 accouchements annuels, 600 mères mouraient en moyenne. Dans la seconde, avec autant de naissances, seuls 60 décès étaient recensés. La cause ? La fièvre puerpérale, un mystère résolu bien plus tard grâce à la découverte des germes.

Inondation en boucle

Ignace Semmelweis : la découverte révolutionnaire du lavage des mains contre la fièvre puerpérale

La fièvre puerpérale frappe depuis l'Antiquité. Une des premières descriptions figure dans le Corpus hippocratique : Thasus, épouse d'un orateur athénien, développe fièvre et douleurs abdominales deux semaines post-partum. Un pessaire relance les lochies, mais elle succombe le vingtième jour.

À l'époque, on imputait la maladie à des lochies retenues.

Lait maternel

Au XVIIe siècle, une autre théorie erronée domine : un blocage du lait maternel, vu comme du sang menstruel transformé canalisé de l'utérus aux seins. Des autopsies révélaient des caillots blanc-jaunâtres dans l'abdomen, interprétés comme du lait refoulé – en réalité du pus.

Le lait maternel était considéré comme une forme spéciale de sang menstruel ; un blocage entraînait la maladie

Cette idée se renforce lors de la première épidémie nosocomiale à l'Hôtel-Dieu de Paris. Léonard de Vinci lui-même esquissait un canal utérin-mammaire. Premier progrès à Aberdeen en 1789 : le Dr Alexander Gordon lie fièvre puerpérale et érysipèle, concluant à une transmission interhumaine via un "nuage putride". Ses mesures d'hygiène (aération, brûlage de linges) marchent, mais rejetées, il finit dans la marine et meurt jeune.

Ignace Semmelweis : la découverte révolutionnaire du lavage des mains contre la fièvre puerpérale

Anatomie pathologique

La fièvre puerpérale est due à des streptocoques du groupe A, transmis par les mains souillées du personnel médical. Avant cette compréhension, l'anatomie pathologique, impulsée par Giovanni Battista Morgagni ("Ubi est morbus ?"), multiplie les autopsies. À Vienne, Ignace Semmelweis résoudra le puzzle à l'AKH.

Ignace Semmelweis

En 1844, Karl von Rokitansky dirige l'anatomie pathologique à l'AKH, intensifiant les autopsies (plus de 30 000 sous sa supervision). Vienne devient un centre médical mondial, mais la fièvre puerpérale reste insoluble malgré des milliers d'examens.

Ignace Semmelweis : la découverte révolutionnaire du lavage des mains contre la fièvre puerpérale

Né en 1818 à Buda, fils d'épiciers aisés, Semmelweis étudie le droit avant de se tourner vers la médecine. Diplômé en 1844, il excelle en obstétrique et anatomie. Nommé assistant en mars 1847 dans la première division, il analyse les statistiques :

  • Épidémies confinées à l'AKH, rares à domicile ou en rue.
  • Indépendant des conditions météo.
  • Risque accru avec complications obstétricales.
  • Transmission mère-nouveau-né.
Le rapport d'autopsie de son collègue stupéfia Semmelweis

Printemps 1847 : Jakob Kolletschka, coupé lors d'une autopsie, meurt d'une infection identique aux mères (pus blanc-jaunâtre).

Se laver les mains

Semmelweis comprend : des "particules cadavériques" transmises par mains non lavées des dissecteurs aux parturientes. Matins : autopsies ; après-midis : accouchements ; passages de lit en lit sans hygiène.

Dès mai 1847, désinfection à l'eau de Javel obligatoire. Résultat : mortalité chute de 20 % à 3 % (56/1 841 cas). En 1848, 1,2 % dans les deux divisions. Prélude à l'antisepsie de Lister.

Malgré cela, Semmelweis reste méconnu : ses découvertes accusent le personnel, et il publie peu. Renoyé en 1849, il retourne à Buda. En 1865, dépression nerveuse ; mort à 47 ans. Reconnu fin XIXe siècle, pionnier de l'hygiène moderne.

Semmelweis prouva que les médecins causaient des milliers de morts
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