FRFAM.COM >> Science >> Histoire

Stonehenge : un symbole politique préhistorique et un 'Brexit' ancestral ?

Stonehenge est sans doute le monument préhistorique le plus photographié au monde. Pourtant, les selfies capturent rarement le paysage environnant, qui recèle les clés de son histoire fascinante.

En approchant Stonehenge en voiture, les pierres emblématiques dominent la plaine de Salisbury comme des cathédrales antiques. Ce paysage verdoyant, ponctué de rares arbres et de pâturages, met en valeur ces géants de pierre, stars incontestées malgré les foules de touristes.

Pendant des siècles, les archéologues se sont concentrés sur ces pierres, sans pour autant percer tous leurs mystères : qui les a érigées et pourquoi ? Ce voile d'incertitude alimente encore aujourd'hui l'attrait touristique du site.

Récemment, les recherches se sont étendues au vaste territoire alentour, révélant un complexe rituel étendu sur environ 12 km². Cimetières, processions et célébrations élaborées composaient autrefois ce paysage, bien loin de l'isolement actuel des pierres.

Les scientifiques soupçonnaient depuis longtemps un ensemble plus vaste, mais les traces souterraines avaient disparu. Les découvertes relevaient souvent du hasard, liées à des travaux comme la construction de routes. Aujourd'hui, les technologies d'analyse du sol révolutionnent l'exploration.

L'archéologue et bio-ingénieur belge Philippe De Smedt, de l'Université de Gand, est pionnier en la matière. Avec son équipe, il a développé une technique non invasive pour 'voir' jusqu'à 3 mètres sous terre grâce à un capteur électromagnétique monté sur quad.

De Smedt scanne méticuleusement le terrain pendant des heures : « Le capteur détecte les variations électriques et magnétiques du sol, identifiant les zones archéologiquement intéressantes sans excavation préalable. » Les anomalies gologiques sont écartées ; des échantillons confirment les sites prometteurs.

Vidéo : Philippe De Smedt a reçu la Pipette Eos en 2013 pour ses travaux en scanographie du sol. Cette technique est aujourd'hui appliquée autour de Stonehenge.

Les capteurs filtrent les déchets modernes, isolant les vestiges anciens avec précision.

Fête préhistorique

En 2015, De Smedt contribue à une découverte majeure près de Durrington Walls : un 'Superhenge', un cercle géant initialement pris pour des pierres enfouies. Il s'agissait en réalité de fosses abritant d'anciens poteaux en bois de 4 à 6 mètres de haut – jusqu'à 200 pieux formant un anneau de 500 m de diamètre.

Pourquoi ces structures temporaires ? L'archéologue britannique Mike Parker Pearson, expert mondial et directeur du projet Stonehenge Riverside, y voit l'œuvre des constructeurs de Stonehenge, situé à deux miles. Durrington Walls abritait un village néolithique de plusieurs milliers d'habitants (2500-2460 av. J.-C.), contemporain des rénovations de Stonehenge.

Stonehenge : un symbole politique préhistorique et un  Brexit  ancestral ?

Les fouilles révèlent 80 000 ossements animaux (bovins, porcs), indiquant des festins hivernaux massifs. Un 'boulevard' de 10 m de large menait à la rivière Avon, bordé de monuments en bois, dont Woodhenge (aujourd'hui marqué par des poteaux en béton).

Pierres pour les morts

Tous les monuments proches du village étaient en bois, contrairement à Stonehenge en pierre. Pour Pearson, le bois symbolisait l'impermanence des vivants à Durrington, la pierre l'éternité des morts à Stonehenge.

Stonehenge : un symbole politique préhistorique et un  Brexit  ancestral ?

Cette intuition, née d'études à Madagascar en 1998 avec l'archéologue Ramilisonina, est corroborée par des datations précises et 150 restes humains incinérés autour de Stonehenge (3000-2500 av. J.-C.). La construction débute plus tôt : fossé circulaire et petites 'bluestones' vers 3000 av. J.-C., puis les massives sarsens (jusqu'à 30 tonnes).

Alliance politique

Les origines des pierres intriguent : sarsens des Marlborough Downs (près d'Avebury), bluestones des collines de Preseli (Pays de Galles, 200 km). Stonehenge unissait ainsi régions distantes, peut-être via une alliance politique.

Les isotopes dans les os des festins de Durrington confirment : bétail local mais aussi écossais, transporté par des visiteurs lointains. 40 % des incinérés à Stonehenge venaient d'ailleurs, surtout du Pays de Galles (analyse de Christophe Snoeck, VUB).

Brexit préhistorique

Avant la roue, transporter ces monolithes requérait des centaines d'hommes par pierre, sur un an. Un leadership fort et un objectif commun étaient essentiels. Traces de conflits antérieurs s'estompent ; récoltes pauvres et migrations continentales favorisent l'unité britannique – un 'Brexit' préhistorique.

Stonehenge : un symbole politique préhistorique et un  Brexit  ancestral ?

Cette unité échoue : la culture campaniforme envahit l'île vers 2500 av. J.-C., remplaçant 90 % de la population néolithique en siècles.

Le transport ? Simples : traîneaux sur rondins de bois.

Futur empli de questions

De nouvelles énigmes émergent. De Smedt cartographie le paysage millénaire avec Birmingham : puits, canaux révèlent habitudes quotidiennes. Le site attire depuis 6000 ans.

Trois tonnes de sol analysées à Gand soulèvent autant de questions.

Graffiti préhistorique

Gravures (haches, poignards, 1500 av. J.-C.) commémorent les morts. Graffitis du XIXe : dont 'X Wren' (Christopher Wren ?).

Stonehenge : un symbole politique préhistorique et un  Brexit  ancestral ?

Mike Parker Pearson commisse l'exposition « Stonehenge - Au-delà du mystère » (13 oct. 2018 - 21 avr. 2019, Musée gallo-romain de Tongres). Conférence de Philippe De Smedt le 1er déc. 2018. Infos : www.galloromeinsmuseum.be.

[]