Un nouveau modèle informatique révolutionnaire prédit l'évolution du virus de la grippe en s'appuyant sur 45 ans de données historiques. Une avancée majeure qui pourrait mener à des vaccins plus efficaces.

Prédire l'évolution du virus de la grippe : une percée basée sur le passé
En Belgique, début février, environ 165 personnes sur 100 000 ont consulté un médecin pour grippe, dépassant légèrement le seuil épidémique de 141. Mi-février, ce chiffre atteignait 233, et il a maintenant franchi les 310. Le virus circule activement.
Des chercheurs de l'Université de Cologne publient cette semaine dans Nature un modèle mathématique capable de prévoir l'évolution annuelle du virus de la grippe. Il analyse la force et la fréquence des souches passées, en se focalisant sur le sous-type H3N2 du virus A, le plus courant chez l'humain. Suivi depuis 1968, ce variant évolue chaque année, mais ces données n'avaient jamais été exploitées ainsi.
Les scientifiques ont examiné 3 944 séquences de la protéine de surface hémagglutinine, qui permet au virus de s'accrocher aux cellules hôtes. Intégrées dans un programme dédié, ces données comparent annuellement les souches et prédisent celles de l'année suivante. En résumé : apprendre du passé pour anticiper l'avenir.
Vers des vaccins plus performants
Chaque année, 15 % de la population mondiale est touchée par la grippe. Certaines immunités s'estompent face aux mutations mineures du virus, qui échappent aux anticorps.
Ce modèle prédit précisément ces mutations, aidant à composer des vaccins adaptés aux souches dominantes.
"Ce système doit encore faire ses preuves, mais il représente un progrès notable dans la lutte antigrippale", commente le virologue Marc Van Ranst de la KU Leuven. "Auparavant, les prévisions se basaient uniquement sur l'année précédente, rendant les choix conservateurs."
Van Ranst compare cela à la météo : les prévisions récentes sont fiables à 70-80 %, mais pour la grippe, cela limite l'innovation.
Fiable pour les évolutions mineures
Les prévisions ne sont pas infaillibles en raison de multiples facteurs. Pourtant, le modèle prédit l'arbre phylogénétique du virus à 93 %.
Des améliorations sont prévues : intégration des génotypes et anticorps, répartition géographique, extension à H5N1 (avian) et au génome complet (8 segments).
"Fiable pour les petits changements, mais les mutations majeures restent imprévisibles", conclut Van Ranst.
Cet article est également paru dans Eos Weekblad. Téléchargez l'app Eos (iOS/Android) pour les numéros hebdomadaires gratuits et abonnements à Eos Magazine, Psyche&Brain et Eos Memo.