Il est légitime de s'inquiéter face au nouveau coronavirus, qui a déjà causé plus de 1 300 décès. Jusqu'où se propagera-t-il, et un autre virus similaire pourrait-il émerger de nulle part ?
En tant qu'écologistes microbiens spécialisés dans l'origine des nouvelles espèces bactériennes, nous apportons un éclairage précieux sur ce phénomène.
La déforestation, la chasse à la viande de brousse et l'élevage d'animaux sauvages favorisent les contacts entre humains et réservoirs viraux. Les chauves-souris et primates abritent des virus proches du SRAS et du VIH. Ces zoonoses – transmission d'agents pathogènes animaux à l'homme – peuvent être fatales.

La plupart des virus « nouveaux » pour l'homme circulent déjà chez les animaux. Chez les chauves-souris, ils coexistent souvent pacifiquement ; chez les chimpanzés, ils sont mortels, comme les virus de l'immunodéficience simienne (VIS), ancêtres du VIH.
Les activités humaines accélèrent ces sauts d'espèces, particulièrement via les chauves-souris. La déforestation rapproche ces réservoirs des populations en Afrique subsaharienne, propageant Ebola. Le SRAS a émergé via le commerce de civettes infectées par des chauves-souris sur un marché. Au Cameroun, la chasse au chimpanzé a transmis le VIH il y a un siècle, probablement via une carcasse.
D'autres virus récents transitent par des animaux domestiques : Hendra et Nipah via chevaux (1994) et porcs (1999), MERS via chameaux (2012), tous originaires de chauves-souris.

Historiquement, nos pathogènes les plus meurtriers proviennent du bétail : variole des chameaux, rougeole des bovins. Sans vaccins, ils resteraient mortels.
Le nouveau coronavirus a émergé sur un marché d'animaux vivants, un scénario prévisible.
Le nombre de reproduction R0 mesure la contagiosité : au-delà de 1, le virus se propage indéfiniment ; en deçà, il s'éteint. Pour le nouveau coronavirus, R0 ≈ 1,4-2,5, comparable à la grippe saisonnière (1,28).
R0 évolue : mutations virales ou changements humains (comportementaux, technologiques) l'influencent. Lors de l'épidémie d'Ebola en Afrique de l'Ouest (28 000 cas), le virus s'est adapté aux cellules humaines, mais s'est éteint.
Le SRAS (8 098 cas, 774 décès) s'est propagé vite initialement, mais les symptômes précoces ont permis un contrôle rapide, ramenant R0 <1.
Ebola, hautement létal, se transmet par fluides corporels ; les changements culturels (funérailles) l'ont freiné sans vaccins.
Le nouveau coronavirus est transmissible avant les symptômes, compliquant le contrôle.
Des mesures simples – auto-quarantaine, lavage des mains, évitement des germes – ralentiront sa propagation, comme pour la grippe.
La technologie aide : le kit VereCoV détecte SARS, MERS et 2019-nCoV en 2 heures. Traitements et vaccins sont en vue.
Si R0 tombe sous 1 via comportement ou tech, éradication comme SRAS/Ebola. Sinon, il persistera, comme nos virus ancestraux. Besoin de vigilance, investissements en santé publique et innovations.