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Moralité sur ordonnance : peut-on doper notre éthique avec des médicaments ?

Les chercheurs ont déjà réussi à influencer les choix moraux des sujets grâce à des substances de signalisation cérébrale. Une forme de dopage pour devenir plus éthique : opportunité ou danger ?

Moralité sur ordonnance : peut-on doper notre éthique avec des médicaments ?

Les humains possèdent un sens moral inné, mais nos actes le trahissent souvent. Et si des substances pouvaient nous rendre meilleurs ?

Imaginez-vous sur un viaduc, observant un tramway en fuite foncer sur cinq ouvriers. À vos côtés, un homme corpulent dont le poids pourrait arrêter le véhicule. Le pousseriez-vous pour sauver les cinq vies ? Sacrifieriez-vous une personne pour en sauver cinq ?

Ce dilemme classique, sans réponse idéale, aide les scientifiques à décrypter nos jugements moraux.

La psychobiologiste Molly Crockett a testé ce scénario : 40 % des sujets acceptaient initialement de pousser l'homme. Mais après trois semaines d'antidépresseur augmentant la sérotonine, ce pourcentage a chuté. Les participants jugeaient moins acceptable de blesser intentionnellement autrui. « La sérotonine modère nos jugements et actions morales », explique Crockett.

Cette substance favorise les comportements prosociaux chez humains et animaux.

Nos choix moraux dépendent plus des émotions que de la raison.

Ce n'est pas une boussole morale absolue, mais un frein aux actes extrêmes. D'autres études confirment l'impact de neurotransmetteurs sur l'éthique.

L'ocytocine, hormone clé, booste l'empathie. Chez les patients atteints du syndrome de Williams (taux élevé), l'empathie est remarquable, note Andreas Meyer-Lindenberg, directeur de l'Institut central de santé mentale de Mannheim. Chez les sains, un spray nasal d'ocytocine accroît la confiance, visible dans le jeu de l'ultimatum : les sujets acceptent plus facilement des offres inéquitables.

Une dose de confiance supplémentaire

Les joueurs punissent moins la déloyauté, privilégiant la coopération. Contrairement aux stimulants cognitifs, sérotonine et ocytocine agissent via les émotions.

Ces travaux passionnent philosophes comme Julian Savulescu (Uehiro Center, Oxford) : face aux risques globaux, neurosciences et pharmacie pourraient renforcer la moralité.

Mais plus d'empathie est-elle toujours bénéfique ? Punir l'injustice sociale n'est-il pas éthique ?

Qu'est-ce que la moralité ?

« Définir la moralité reste un défi », dit Crockett. Aristote prônait la vertu du milieu ; chrétiens, foi et charité ; Bentham l'utilitarisme (maximiser le bonheur) ; Kant, traiter autrui comme une fin.

Aujourd'hui, consensus sur racisme ou préjugés, mais biais inconscients persistent. Le propranolol atténue ces biais, sans altérer jugements conscients.

Lutter contre les préjugés inconscients

Critiques comme Owen Schaefer craignent un « lavage de cerveau ». Comme dans A Clockwork Orange, altérer la personnalité pose question.

Guy Kahane et Anders Sandberg arguent : pour biais ou fidélité conjugale, un « dopage » aide à aligner actes sur valeurs. Cocktail hypothétique : ocytocine pour lien, testostérone pour désir, CRH pour fidélité.

Contexte crucial : effet inverse possible sans cadre thérapeutique.

Usage encadré (psychothérapie) évalue risques/bénéfices. Déjà, castration chimique pour délinquants sexuels réduit impulsions.

Mais vigilance : psychopathes y résistent ; abus possibles (militaires). Débat sociétal urgent.

« Moralité complexe, nos outils biologiques rudimentaires », conclut Crockett. Méditation, apps complètent pharmacie.

Empathie étudiante chute depuis 1970 : recherche nécessaire pour contrer déclin moral.


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