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Tête pointue : le fascinant "mélange d'ombres", un effet optique méconnu

Les ombres semblent parfois s'attirer de manière mystérieuse. En néerlandais, il n'existait pas encore de terme pour ce phénomène, mais désormais, nous le nommerons "mélange d'ombres".

Enfant, je surveillais mon ombre avec attention, inspiré par Skyggen (L'Ombre), le conte de Hans Christian Andersen publié en 1847. Dans cette histoire, un érudit perd son ombre, et malgré le genre féerique, l'issue est tragique pour lui.

Bien que physiquement impossible à perdre, l'ombre reste une compagne fidèle lors des promenades solitaires. Elle ne court jamais trop vite ni ne se plaint jamais. Elle enseigne même les bases de l'optique.

Par une journée ensoleillée, je passe devant une rangée de platanes. Les ombres de leurs troncs s'étendent en longues bandes de l'autre côté de la route. À l'approche de la suivante, l'ombre du tronc "aspire" celle de ma tête. En sortant de l'ombre, la mienne s'y attarde un peu plus longtemps.

La rue tourne, et les couronnes masquent presque la chaussée. Tôt le matin, l'air humide rend visibles les rayons solaires entre les feuilles, formant une harpe lumineuse. Ici, seuls persistent les motifs d'ombres des feuilles au sol, animés par la brise qui les fait interagir étrangement. Concentré, j'esquive de justesse une voiture. Ouf, mon ombre est toujours là !

Si la pénombre de ma tête chevauche celle d'un tronc d'arbre, cette zone devient aussi sombre que l'ombre centrale.

Près d'un tronc, l'ombre est nette au pied, mais s'élargit en pénombre en s'éloignant. Cela s'explique par la taille finie du Soleil, non ponctuelle. Les rayons d'un côté éclairent partiellement, ceux de l'autre sont bloqués. Les feuilles, plus hautes, projettent des ombres plus floues et variables en densité.

Mon ombre suit le même principe : de la tête aux pieds, la distance au sol croît, élargissant la pénombre. Lorsque celle de ma tête superpose celle d'un tronc, la zone s'assombrit autant que l'umbra centrale. Ainsi, mon ombre semble accélérer vers la suivante et s'en détacher plus lentement.

Tête pointue : le fascinant  mélange d ombres , un effet optique méconnu

En anglais, ce phénomène est appelé shadow blotch effect ou shadow swelling. Les termes "cloques" ou "bosses d'ombre" ne rendent pas justice à sa beauté. Gonfler évoque mieux l'expansion. Sans équivalent néerlandais, "mélange d'ombres" a été validé sur Twitter.

Le Soleil bas, l'ombre du cadre de fenêtre s'étend sur le mur. Devant, l'ombre de ma tête envahit la zone lumineuse. Sur la pointe des pieds, elle s'étire jusqu'à l'ombre supérieure. En levant la main, mes doigts s'allongent au bord ; joints, leurs ombres se fondent, créant tête pointue, doigts extraterrestres et pieds palmés.

Dans le conte d'Andersen, l'érudit se métamorphose en perdant son ombre, qui épouse une princesse. Ma tête pointue vaut mieux !

PS : Lisez la version anglaise intégrale de Skyggen sur Wikisource.


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