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Seconde intercalaire : pourquoi le 30 juin 2015 a duré une seconde de plus

Le mardi 30 juin 2015 a duré une seconde supplémentaire. Cette seconde intercalaire est ajoutée pour synchroniser deux systèmes de mesure du temps : l'un basé sur la rotation de la Terre (Temps Universel UT1), l'autre sur des horloges atomiques ultra-précises.

Seconde intercalaire : pourquoi le 30 juin 2015 a duré une seconde de plus

Une journée atomique compte exactement 86 400 secondes. Or, la rotation terrestre est irrégulière : un jour sidéral dure environ 2 millisecondes de plus, avec des variations dues aux marées lunaires, aux séismes ou aux mouvements de masse dans la croûte terrestre. Pour aligner ces échelles, le Temps Universel Coordonnées (UTC) intègre des secondes intercalaires. L'UTC est la référence mondiale pour les fuseaux horaires, l'aviation, la météo et les protocoles comme NTP.

La Terre, une horloge imparfaite
Malgré les horloges atomiques, l'astronomie impose encore un lien avec le ciel. "Les astronomes ont longtemps été les gardiens du temps, mais l'horloge atomique a tout changé", explique Maarten Baes, professeur d'astronomie à l'Université de Gand. Une seconde est désormais définie par 9 192 631 770 cycles du césium-133, indépendamment du cosmos.
Les jours solaires moyens, corrigés des orbites elliptiques, sont perturbés par les marées et les tectoniques. Le séisme de 2011 au Japon a raccourci la journée de 1,8 microseconde.

Avec l'avènement de l'horloge atomique, les astronomes ont perdu leur rôle de gardiens du temps.

Depuis 1999, les secondes intercalaires sont moins fréquentes. L'UT1 utilise désormais des quasars pour sa mesure.

De l'astronomie aux atomes
En 1955, Louis Essen invente la première horloge au césium. L'UTC, lancé en 1972, ajoute des secondes intercalaires pour coller à l'astronomie. Le Bureau International des Poids et Mesures (BIPM) agrège les données de 300 horloges atomiques mondiales, dont six au césium et deux à hydrogène à l'Observatoire royal d'Uccle en Belgique.

Seconde intercalaire : pourquoi le 30 juin 2015 a duré une seconde de plus

"La synchronisation manuelle des secondes intercalaires pose des risques d'erreur", note Wim Aerts, ingénieur à Uccle. Crucial pour les télécoms, la finance, la cybersécurité et le GPS, qui ignore ces sauts (différence actuelle : 19 secondes avec UTC).

Qui décide ?
L'IERS surveille l'écart (limité à ±0,9 s) et annonce via Bulletin C. L'UIT-R débat de la suppression : USA pour, Royaume-Uni et Chine contre. Sans consensus en 2015, le statu quo perdure.

La saisie des secondes intercalaires coûte du temps, de l'argent et augmente les risques d'erreurs.

Les astronomes défendent le lien cosmique, mais Baes plaide pour une ère post-naturelle : "Un écart de secondes n'impactera pas nos vies déconnectées du soleil."

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