De la haute couture à base de thé vert, de vin et de lait caillé, produite avec l'aide de bactéries : c'est désormais possible. Scientifiques et artistes s'unissent pour verdir l'industrie du vêtement.
Comment transformer l'industrie de l'habillement en boucle fermée, préservant nos ressources naturelles, au lieu des modèles linéaires « prendre-faire-gaspiller » ? Rebecca Earley, professeure de textile durable et design de mode à l'Université des Arts de Londres et directrice du Textile Futures Research Centre (TFRC), explore cette question depuis vingt ans.
Nous achetons deux fois plus de vêtements qu'il y a quinze ans. Le vêtement est devenu jetable. Comment votre recherche inverse-t-elle cette tendance ?
« Nous avons défini dix principes clés à intégrer dès la conception. Ils couvrent la minimisation des déchets et la réutilisation, la réduction des impacts chimiques, de la consommation d'énergie et d'eau, jusqu'à la limitation du besoin de consommation. »
« On peut aussi s'adapter à la société jetable, en utilisant des matériaux éphémères comme le papier. Ou privilégier des méthodes pour prolonger la vie des vêtements : troc, location, réparation, upcycling... »
Quelle est l'évolution majeure de la recherche en design de mode durable ces dernières années ?
« L'attention s'est radicalement déplacée : de 'Où trouver du coton bio ?' ou 'Comment améliorer le recyclage ?' vers la compréhension des comportements consommateurs. Une explosion de fast-fashion nous pousse à shoppter chez Primark tous les samedis, sacs pleins, sans payer le loyer. Un modèle durable doit en tenir compte. »
Vous siégez au jury d'un concours H&M ouvert à tous pour des idées de mode durable. H&M n'a-t-il pas alimenté cet appétit consumériste ?
« Beaucoup me taxeront d'hypocrisie, mais accuser ne sert à rien. H&M semble sincère dans sa quête de durabilité, en investissant dans de bonnes idées pour les jeunes. »
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