Bientôt, des milliers de chasseurs reprendront du service sur le terrain. Certains souhaiteraient voir disparaître la chasse récréative. Pourtant, selon les chasseurs, cette pratique appartient au passé. Le chasseur d'aujourd'hui s'engage dans la gestion durable du gibier et de la nature. Néanmoins, l'utilité réelle de la chasse fait débat dans de nombreux contextes.

Libérer des faisans des cages pour les abattre ensuite : pour la Hubertusvereniging Vlaanderen (HVV) et le Koninklijke Nederlandse Jagersvereniging (KNJV), c'est une forme de chasse récréative obsolète. « Une pratique du passé », affirme Marc Van Olmen du HVV. « Le chasseur est passé du simple tireur à un gestionnaire responsable. »
Dès la fin des années 1980, les chasseurs ont changé de fusil d'épaule. Le mot d'ordre est devenu « gestion ». « Le chasseur veille à l'équilibre écologique, maintient les populations animales en bonne santé et préserve la nature », explique Marlies Kolthof du KNJV. « S'il remplit bien cette mission, il peut prélever une partie du gibier durant la saison. » Selon Van Olmen, le chasseur qui ne sort son fusil qu'à l'automne n'existe plus. « Un vrai chasseur est dans la nature du 1er janvier au 31 décembre. »
Mais ses actions relèvent-elles vraiment de la conservation de la nature ? Celle-ci vise à préserver ou restaurer des habitats spécifiques – landes, forêts, prairies – avec leur flore et faune associée, en tenant compte du potentiel écologique et de l'histoire locale pour protéger la biodiversité. « Le chasseur poursuit un objectif différent », note Eckhart Kuijken, professeur émérite d'écologie et de conservation à l'Université de Gand, ancien directeur de l'Institut de recherche sur la nature et la forêt (INBO). « Il gère des biotopes pour un nombre limité d'espèces gibier, afin de pouvoir les prélever au maximum. » Vous ne verrez pas souvent un chasseur creuser un étang à grenouilles ou faucher une prairie pour des plantes rares. « La conservation sert l'intérêt public ; la chasse sert d'abord l'intérêt des chasseurs. »
Perturbations
Malgré des objectifs distincts, chasse et conservation ne sont pas toujours incompatibles. Dans un paysage agricole uniforme, les haies plantées par les chasseurs, les champs de betteraves ou les bandes enherbées offrent abri et nourriture aux lièvres, faisans et perdrix, bénéficiant aussi à d'autres espèces. « À condition d'utiliser des plantes locales », précise Kuijken. « Sinon, il s'agit d'une falsification de biotope. »
Le secteur cynégétique surfe sur l'intérêt croissant du public pour la nature afin de justifier sa pertinence. Mais avec l'essor de la conservation, la chasse perd du terrain. Des sites comme le Zwin à Knokke ou De Maten à Genk doivent leur création à d'anciens terrains de chasse. Aujourd'hui, lois et règlements assurent la protection naturelle.
Dans un paysage fragmenté, la chasse perturbe loisirs et conservation en raison de son impact. « La pression sur la biodiversité est déjà forte ; il faut minimiser ces dérangements », insiste Kuijken. Les réserves flamandes moyennes (40 ha) sont vulnérables, souvent bordées de zones de chasse, avec des effets graves sur les hivernants comme la sauvagine.
John Van Gompel, conservateur de l'Uitkerkse Polder – mosaïque de réserves et terres agricoles, zone d'hivernage pour oies rieuses et petites oies cendrées –, observe : « La chasse aux lièvres et faisans surprend les oiseaux et perturbe leur repos. Les chasseurs tirent parfois en bordure de réserve, chassant la sauvagine affolée. » La réglementation interdisant la chasse dans 24 zones ornithiques dès le 15 novembre est insuffisante selon lui : « Les oiseaux arrivent dès octobre. Un compromis est quasi impossible. »
Élevage et gestion des populations
Les chasseurs ne se contentent pas de gérer les biotopes : ils nourrissent le gibier, ce qui inquiète les écologistes. Aux Pays-Bas, l'alimentation des cerfs, chevreuils et sangliers est généralement interdite, car contraire à une gestion saine. « Utile pour abattre plus d'animaux en forme, mais pas pour la nature », commente Sip van Wieren, biologiste à Wageningen. « Nourrir, c'est élever du bétail. »
En Belgique, le nourrissage reste autorisé, mais le ministre wallon Carlo Di Antonio veut l'interdire pour le gros gibier dès le 1er octobre. La population de sangliers en Wallonie a triplé (de 8 500 à 24 500 entre 1990 et 2010), en partie due à ce nourrissage intensif.
En nourrissant, les chasseurs perturbent les équilibres qu'ils prétendent protéger. « La capacité de charge est déterminée par l'environnement lui-même », argue van Wieren. Sans chasse, les populations comme les cerfs se stabiliseraient via famine et maladies. « Pourquoi ne pas laisser périr les mésanges ou musaraignes ? » interroge Jan Rodts de Vogelbescherming Vlaanderen.
Chasseurs sans permis
Sans prédateurs naturels, chasseurs arguent devoir réguler cerfs et sangliers. Mais selon van Wieren, c'est discutable : au Serengeti, 80 % des herbivores meurent de faim ou maladies, non de prédateurs.
Les prédateurs comme les renards sont eux aussi ciblés. Koen Van Den Berge (INBO) nuance : « Au sommet de la chaîne, ils sont régulés par leurs proies. » Conflits persistent : inspecteurs ANB notent des usages illégaux de pièges ou poisons contre renards et rapaces.
Pas toujours efficace
En Flandre et aux Pays-Bas, surpopulations de sangliers, oies ou pigeons posent problèmes. Mais la chasse peut aggraver : interdiction wallonne du nourrissage vise à réduire accidents et dégâts. À Bruges, sangliers probablement lâchés. Renards détruisent nids d'oies grises.
Études INBO : sur pigeons ramiers abattus, un tiers seulement résident nuisible. Chasse combinée à épouvantails aide localement, mais populations globales augmentent malgré prélèvements massifs : « Compensés par meilleure survie des rescapés », note Frank Huysentruyt (INBO).
Alternatives existent : clôtures anti-oies réduisent dégâts. Chasse seule ne suffit pas. Législation complique selon Van Olmen, mais Kuijken observe : « Mieux ils gèrent, moins ils chassent. Leur but premier reste la chasse. »
Le syndrome de Bambi
Faisans, lièvres, canards chassés non pour nuisances, mais pour loisir. « Chasse à la chasse » contestée, pourtant génère gibier sain, argue Kolthof.
Mais exploiter la nature restante ? Partis anti-chasse contestent. Un lièvre tué proprement vaut mieux qu'un poulet industriel, dit Roelf de Boer (KNJV).
Chasse respectueuse ? « Mort instantanée rare, surtout en vol. Blessés agonisent », dit Rodts. Un ex-chasseur anonyme : 30 % non retrouvés. Chasses à la battue : massacres.
« La nature se passe largement de chasse, sauf contrôles ponctuels », conclut Kuijken. « Oser laisser la nature suivre son cours. »
[]