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Braconnage d'éléphants et rhinocéros : la demande asiatique explosive menace leur survie

Le braconnage des éléphants et des rhinocéros s'intensifie en Afrique. La prospérité économique croissante en Asie dope la demande d'ivoire et de corne de rhinocéros, mettant ces espèces emblématiques en péril d'extinction.

Braconnage d éléphants et rhinocéros : la demande asiatique explosive menace leur survie

Des mesures dissuasives innovantes

À la réserve naturelle de rhinocéros et de lions près de Johannesburg, les braconniers sont accueillis par des pancartes explicites : « Toutes les cornes de cette réserve ont été traitées et ne sont pas propres à la consommation humaine. » Injectées d'une substance provoquant nausées et convulsions à faible dose, et teintes pour alerter, ces cornes visent à décourager les trafiquants. Cette méthode anti-braconnage a fait les gros titres des médias sud-africains.

Seulement 5 000 rhinocéros noirs et 20 000 blancs subsistent à l'état sauvage, dont près des trois quarts en Afrique du Sud. Le braconnage explose : de 13 animaux tués en 2007 à 122 en 2009, 448 en 2011 et 668 en 2012, principalement dans le parc Kruger.

L'ivoire n'est pas en reste. Interdit internationalement depuis 1989 après la décimation des années 1980, son commerce illégal reprend de plus belle. L'ONG Tusk estime 35 000 éléphants tués en 2011. L'UICN évalue la population entre 472 000 et 689 000 en 2007 ; Samuel Wasser, expert à l'Université de Washington, parle de 400 000 aujourd'hui contre 1,3 million en 1979. « Le pourcentage d'éléphants tués annuellement est aussi élevé qu'en 1980, voire pire », alerte-t-il. Sans action rapide, la situation sera critique.

Les braconniers abattent des dizaines de milliers d'éléphants par an.

Remède miracle au Vietnam
Le Vietnam est le premier marché des cornes de rhinocéros, vantées en médecine traditionnelle comme purifiantes et antipyrétiques, puis contre l'impuissance, le cancer ou la gueule de bois. À 48 000 euros le kilo – plus que l'or –, malgré sa composition en kératine (comme les ongles), elle impressionne les élites vietnamiennes.

Braconnage d éléphants et rhinocéros : la demande asiatique explosive menace leur survie
À gauche : au Vietnam, la corne de rhinocéros est présentée comme remède contre la gueule de bois, le cancer et l'impuissance (Photo : Steve Ramer/WWF). À droite : l'écornage préventif dissuade les braconniers, bien que parfois insuffisant (Photo : Michel Gunther/WWF).

Cette demande explose le braconnage et favorise la « chasse aux pseudo-trophées ». Autorisée contre paiement depuis 1977 pour financer la conservation, elle attire des « chasseurs » vietnamiens peu crédibles, soupçonnés de revendre au noir. L'Afrique du Sud a interdit les permis aux Vietnamiens ; Tchèques et Polonais prennent le relais, note Traffic.

Le braconnage se professionnalise : tirs précis au fusil de gros calibre, implication de chasseurs, vétérinaires et pilotes (hélicoptères). « Incontrôlé et croissant, nous approchons d'un point de non-retour », prévient Richard Thomas de Traffic.

La Chine et la Thaïlande, destinations de l'ivoire
L'ivoire cible la Chine et la Thaïlande pour sculptures et bijoux. La légalisation thaïlandaise de l'ivoire asiatique masque l'africain illégal, dénonce le WWF. Le braconnage s'étend au Cameroun, Tanzanie, Zambie, Congo et Kenya.

Après l'interdiction de 1989, la coopération internationale a faibli dès 1993, tandis que l'Asie prospérait. Le prix de l'ivoire passe de 110 à 1 100 euros/kg, créant un « cocktail parfait » pour la crise, selon Wasser.

Les riches Asiatiques impressionnent avec de la corne moulue.

La chasse aux éléphants s'affine : en 2012, 22 animaux exécutés d'une balle dans la tête au parc de Garamba (Congo), probablement depuis un hélicoptère. Armées et rebelles (LRA, Janjaweed) sont impliqués.

Crottes et ADN : traquer l'origine

Samuel Wasser utilise l'ADN pour localiser l'ivoire saisi : chiens détecteurs collectent des excréments, cartographie génétique compare aux échantillons. Collaborant avec Interpol, cette méthode cible Tanzanie sud, Zambie, Congo est. En Afrique du Sud, RhODIS identifie les rhinocéros via ADN de cornes.

Commerce légal : solution ou risque ?
Certains prônent un commerce légal (cornes sciées, élevages, mortalité naturelle) pour inonder le marché et baisser les prix. Ventes ponctuelles (1999, 2008) par Zimbabwe, Botswana, Namibie et Afrique du Sud n'ont pas boosté le braconnage (selon CITES ETIS/MIKE), mais sans réduction prouvée non plus.

Critiques : cela légitime la demande, risque de mélange illégal, systèmes de contrôle défaillants. « Trop risqué avec si peu d'animaux restants », tranche Wasser. Daniel Stiles (Traffic/UICN) insiste sur un système CITES certifié pour l'ivoire ; pas pour la corne, inefficace.

Réduire la demande : urgence
WildAid sensibilise via Yao Ming en Asie ; en Afrique, rôle écologique des géants herbivores est vital. La CITES (Bangkok, mars 2013) renforce la lutte anti-trafic. Mais 146 rhinocéros tués en Afrique du Sud dès Q1 2013, et incidents au Kenya montrent l'urgence. (Article paru dans Eos, mars 2013)

Prix : ivoire 1 100 €/kg, corne 48 000 €/kg.

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