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Routes migratoires mystérieuses des anguilles européennes : enfin tracées par la science

L'anguille européenne Anguilla anguilla est en danger critique d'extinction, principalement en raison des innombrables obstacles qu'elle doit franchir lors de sa migration épique de 6 000 km. Des chercheurs flamands traquent désormais ses déplacements via les canaux pour mieux la protéger.

Routes migratoires mystérieuses des anguilles européennes : enfin tracées par la science

Chaque printemps, de février à mai, des civelles transparentes de 5 à 10 cm, surnommées « verres d'anguille », remontent des mers vers les rivières et canaux. Barrages, écluses, digues, stations de pompage et centrales hydroélectriques bloquent ces alevins.

Leur nombre n'atteint plus que 2 % de celui observé il y a 50 ans, du fait de ces barrières, mais aussi de la surpêche, de la pollution, des maladies et des parasites.

De Belgique aux Bahamas

Les civelles grandissent dans les fleuves pendant plusieurs années, puis deviennent des anguilles argentées matures. Celles-ci entreprennent alors un voyage de 6 000 km vers la mer des Sargasses, dans le triangle Floride-Bermudes-Bahamas, où elles atteindront la maturité sexuelle.

Pendant ce périple, l'anguille se métamorphose : ventre blanchâtre, nageoires pectorales, caudale et yeux hypertrophiés. Pour échapper aux prédateurs, dos gris foncé et ventre argenté. Elles cessent de s'alimenter, leur système digestif régressant, tandis que les gonades se développent.

Routes migratoires mystérieuses des anguilles européennes : enfin tracées par la science

Grâce aux émetteurs acoustiques

Comme les civelles à l'aller, les anguilles argentées affrontent des obstacles au retour vers la mer. Pour décrypter ces goulets d'étranglement, l'Institut marin flamand (VLIZ), l'Université de Gand, l'Institut de la nature et des forêts (INBO) et le VLAIO déploient des émetteurs acoustiques. Ces données aident les gestionnaires d'eau à libérer les voies migratoires.

Cette vidéo d'animation illustre leurs découvertes.

Les observations LifeWatch révèlent de nouvelles routes : outre la sortie nord de la mer du Nord, la voie sud-ouest via la Manche est cruciale, comme en attestent les passages d'anguilles belges, néerlandaises et allemandes au large des côtes belges. Ce trajet plus court économise de l'énergie pour la reproduction et oriente les mesures de conservation vers la Belgique et les Pays-Bas.

Impossible à élever en captivité

Très prisée des amateurs de poisson, l'anguille européenne est aujourd'hui rare et chère en raison de la surpêche, pollution, maladies et obstacles migratoires. Malgré des décennies de recherche, elle ne peut être élevée en aquaculture : les élevages se contentent d'engraisser des juvéniles sauvages.


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