Dans les années 1980, des mineurs de la mine d'Orapa au Botswana, l'une des plus grandes mines de diamants au monde, ont extrait un diamant octaédrique verdâtre marqué de petites taches noires incluses à l'intérieur. Une découverte décevante pour eux, mais un trésor pour les géologues.
Décennies plus tard, des analyses aux rayons X et en spectroscopie de masse ont révélé que ces inclusions sont des fragments de minéraux du manteau inférieur de la Terre, une substance jamais identifiée auparavant dans un échantillon naturel. Ce minéral, la pérvoskite de silicate de calcium, ne se forme qu'à des pressions et températures extrêmes, entre 660 et 900 km de profondeur (410 à 560 miles), qualifiant ce diamant de « super profond ». Les résultats ont été publiés dans Science.
« Pour les bijoutiers et acheteurs, la taille, la couleur et la clarté priment, et les inclusions agacent. Pour nous, c'est un cadeau », explique Oliver Tschauner, géochimiste à l'Université du Nevada à Las Vegas (UNLV), auteur principal, dans un communiqué.
La davemaoite correspond à ce que les laboratoires synthétisent à 20 gigapascals (200 000 fois la pression atmosphérique), mais elle se décompose hors de ces conditions. « Nous pensions cela impossible en nature », confie Tschauner à Scientific American. « Avoir ces minéraux intacts ouvre une nouvelle ère de recherche. »
Scellée dans le diamant, la davemaoite reste stable. Lors de son extraction, « elle a tenu une seconde avant de se transformer en verre sous le microscope », rapporte Tschauner à New Scientist.
Tschauner a nommé ce minéral davemaoite en hommage à Ho-Kwang « Dave » Mao, pionnier des expériences simulant les conditions du manteau. Représentant 5 à 7 % du manteau inférieur, elle héberge uranium et thorium, générant de la chaleur par désintégration radioactive, selon Tschauner à Nature.
Trouver de tels échantillons reste rare : la prospection de diamants super profonds est ardue et imprévisible pour les géochimistes.
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