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Les abeilles vietnamiennes émettent un cri de guerre féroce contre les frelons géants

Face à la menace des frelons prédateurs, les abeilles du Vietnam ont développé un son distinctif, semblable à une sirène, pour mobiliser les défenses de la ruche, selon des scientifiques qui en ont fait état cette semaine.

Les chercheurs ont enregistré des ruches en période de calme et lors d'attaques de frelons, révélant qu'arrive des prédateurs ailés déclenche une cacophonie intense. Un bruit particulièrement frappant est un son strident qui modifie rapidement et de façon imprévisible sa hauteur, des caractéristiques similaires aux cris d'alarme, de peur ou de panique chez les mammifères et les oiseaux. Simultanément, les abeilles ouvrières se regroupent à l'entrée du nid pour contrer les envahisseurs.

Dans le règne animal, les sons brusques à fréquence variable sont des cris d'alarme car ils captent irrésistiblement l'attention, explique Heather Mattila, entomologiste au Wellesley College, auteure des résultats publiés le 9 novembre dans la revue Royal Society Open Science.

« On ne s'y habitue jamais ; ils attirent toujours l'attention car ils varient à chaque fois », précise-t-elle. « C'est fascinant de voir que les abeilles partagent ces traits avec les mammifères, y compris les humains. »

Les abeilles asiatiques étudiées par Mattila et ses collègues sont plus petites et vivent en colonies réduites comparées aux abeilles européennes élevées pour leur miel. « Elles sont petites et vives, adaptées à une Asie grouillante de prédateurs comme les frelons », note l'experte. Parmi eux, le frelon asiatique (Vespa velutina), chasseur solitaire qui plane devant les nids pour capturer des abeilles isolées.

La plus grande menace émane du frelon géant Vespa soror, proche du redoutable Vespa mandarinia. Ces insectes attaquent en escadrons, capables de décimer une colonie entière.

L'assaut débute par un éclaireur qui marque la ruche et appelle des renforts. Après avoir neutralisé les gardiennes, les frelons s'emparent du nid pour nourrir leur progéniture des œufs et larves d'abeilles. « C'est une scène brutale : ces géants traquent une nourriture rapide, et les abeilles sont des proies idéales », décrit Mattila.

Les abeilles contre-attaquent avec ruse. Face à un frelon asiatique, elles forment un essaim à l'extérieur et secouent leur abdomen pour signaler sa détection.

Cette tactique échoue contre les frelons géants, « beaucoup plus gros et cuirassés », dit Mattila. Ces derniers fuient cependant les excréments animaux dont les abeilles enduisent l'entrée du nid.

Une défense ingénieuse est le « balling » : des centaines d'abeilles enveloppent un frelon, le faisant surchauffer et étouffer.

Mattila et son équipe, en province de Hanoï, ont observé ce bruit lors d'attaques de frelons géants. « À quelques mètres, on entendait les abeilles affolées et agitées », raconte-t-elle.

Les enregistrements audio et vidéo couvraient divers scénarios : repos, attaques réelles, ou odeurs de phéromones de frelons.

Même au calme, la ruche bourdonne de signaux, dont la « tuyauterie » : vibrations des ailes et thorax perçues par les pattes. « Elles le sentent avec leurs jambes, pas des oreilles », explique Mattila.

Les sons s'intensifient face aux frelons asiatiques ou à l'odeur des géants, mais deviennent frénétiques lors d'assauts réels. « La ruche explose de bruit ; on repère instantanément l'arrivée d'un géant », note-t-elle.

Les chercheurs ont identifié un « tuyau anti-prédateur » inédit : une série rapide de sifflements comme une sirène stridente et variable.

En sifflant, les abeilles courent, battent des ailes et exposent une glande à phéromones, alertant par sons et odeurs.

« Le son dit 'frelons là !' et l'odeur 'à l'entrée, défendez-nous !' », hypothétise Mattila. « L'arrivée du frelon déclenche son, mobilisation et défense. »

Ce tuyau semble un appel au combat, mais des études supplémentaires préciseront son rôle et sa présence chez d'autres espèces.

« Ignorons-nous si c'est l'espèce, la taille ou l'attaque frontale qui le provoque ? Quelque chose dans leur assaut rend ce son urgent », conclut Mattila.

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