Comme de nombreuses découvertes en parasitologie, celle-ci a débuté par un meurtre.
En 2019, un laboratoire de parasitologie de l’Université de Californie à Riverside a été alerté par un éleveur dont les tarentules étaient décimées par une infection mystérieuse. Les symptômes incluaient « léthargie, anorexie et comportement sur la pointe des pieds », ainsi qu’« un écoulement blanc dans les cavités buccales », selon le rapport des chercheurs. Ils ont demandé à l’éleveur d’envoyer des spécimens morts pour autopsie.
Les nécropsies ont révélé une infection par des nématodes. Ce vaste groupe d’organismes tubulaires attaque plantes, insectes et humains, mais rarement les tarentules. Les chercheurs ont isolé les parasites micrométriques, les ont élevés et séquencé leur ADN pour une identification précise.
Il s’agissait d’une espèce totalement inconnue. Les scientifiques de l’UC Riverside l’ont nommée Tarantobelus jeffdanielsi, en hommage à Jeff Daniels, star du thriller de science-fiction Arachnophobie (1990). Leur description a été publiée ce mois-ci dans The Journal of Parasitology.
Jeff Daniels a réagi dans un communiqué de l’université : « Honnêtement, j’ai été honoré par leur hommage à moi et à Arachnophobie. Ça m’a fait sourire. Et bien sûr, à Hollywood, vous n’avez pas vraiment réussi tant que vous n’avez pas été reconnu par les parasitologues. »
Les tarentules n’ont pas péri en vain. Les chercheurs ont reconstitué le cycle de vie complet des nématodes, de l’invasion du corps hôte à la reproduction. Tarantobelus jeffdanielsi est un hermaphrodite autofécondant produisant ovules et spermatozoïdes, capable de générer une moyenne de 160 larves en 11 jours.
« Tout animal sur Terre a un nématode capable de l’infecter », explique Alder Dillman, parasitologue à l’UC Riverside, dans un communiqué. Des expériences ont montré que le parasite est aussi létal pour les larves de papillons de cire et les grillons domestiques. Son mode d’action reste inconnu : il pourrait se nourrir directement des hôtes ou transmettre des bactéries pathogènes.
La voie d’entrée des nématodes dans l’élevage reste floue, peut-être via le sol des enclos, sans confirmation. Les chercheurs surveillent les cas suspects et restent vigilants face à d’autres incidents.
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