Cette histoire a été publiée à l'origine sur Vie en plein air.
Les experts médico-légaux exploitent désormais l'ADN des défenses d'éléphants pour démêler les réseaux criminels impliqués dans le braconnage et la contrebande d'ivoire. Une équipe réunissant des scientifiques du Center for Environmental Forensic Science et des agents du Department of Homeland Security des États-Unis a analysé l'ADN de 4 320 défenses saisies entre 2002 et 2019. Publiée le 14 février dans Nature Human Behaviour, leur étude révèle que trois grands groupes criminels dominent le trafic illégal d'ivoire en Afrique.
Samuel Wasser, directeur du Center for Environmental Forensic Science et co-auteur de l'étude, a consacré les deux dernières décennies à perfectionner des techniques médico-légales basées sur l'ADN des défenses. En 2004, lui et ses collègues ont développé une méthode comparant l'ADN des défenses saisies à des échantillons d'excréments pour localiser les zones de braconnage. En 2018, l'analyse de cargaisons multiples a montré que de nombreuses défenses provenaient des mêmes éléphants, pointant trois hubs principaux au Kenya, en Ouganda et au Togo responsables des plus gros envois.
« Les résultats indiquent que des trafiquants individuels gèrent des dizaines d'expéditions, avec une forte connectivité entre ceux opérant dans divers ports », explique Wasser.
Le projet récent a démarré en juillet 2019 avec la saisie à Singapour de neuf tonnes de défenses en provenance de République démocratique du Congo vers le Vietnam. L'équipe a étendu l'analyse à des milliers d'autres défenses issues de 49 saisies entre 2002 et 2019. Ces données confirment et amplifient les conclusions de 2018 : les trois réseaux sont interconnectés et responsables d'une part bien plus importante du trafic qu'estimé auparavant.
Dans ce projet, l'équipe a raffiné sa méthode en reliant l'ADN non seulement à des individus, mais aussi à des liens familiaux (parents, progéniture, frères et sœurs). Appelée « correspondance ADN familiale », cette technique excelle pour les éléphants, qui vivent en groupes familiaux stables. Elle suggère que des familles entières sont braconnées simultanément. Inspirée des enquêtes sur les tueurs en série comme le Golden State Killer, elle compare l'ADN de scènes de crime à des bases génétiques familiales.
Au total, plus de 600 liens familiaux ont été identifiés. Combinés à des preuves documentaires et financières, ils relient les saisies et confirment les hubs à Kampala (Ouganda), Mombasa (Kenya) et Lomé (Togo).
John Brown III, agent spécial du Bureau of Homeland Security et co-auteur, a déclaré à l'Associated Press que ces avancées médico-légales seront cruciales pour les autorités de la faune. « Autrefois, une saisie isolée ne suffisait pas à identifier une organisation ; ces liens génétiques nous alertent sur les connexions entre saisies. Cette collaboration multinationale soutient des enquêtes en cours. »
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