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Forêts résilientes : bouclier contre les glissements de terrain dans les Alpes autrichiennes face au réchauffement

Fin juin 2009, une dépression météorologique a provoqué trois jours de pluies torrentielles en Autriche, entraînant des inondations dans le nord et plus de 3 000 glissements de terrain dans le sud-est. Dans le district de Feldbach, jouxtant les Alpes autrichiennes, ces catastrophes ont détruit rues, maisons et terres agricoles, coûtant plus de 14 millions de dollars à l'État de Styrie.

De telles catastrophes pourraient s'aggraver avec le changement climatique, selon une étude récente. Des scientifiques ont modélisé le risque de glissements de terrain dans les Alpes autrichiennes sous un scénario météo similaire à 2009, dans divers futurs climatiques. La zone affectée pourrait croître jusqu'à 45 % dans le pire cas. Cependant, une humidité du sol modifiée et la plantation de forêts résilientes au climat pourraient atténuer ces risques, comme rapporté le 7 avril dans la revue Communications Earth & Environment.

"Il existe un risque réel d'augmentation des glissements de terrain dans un climat réchauffé des Alpes", explique Douglas Maraun, climatologue à l'Université de Graz et co-auteur. "Cet événement est représentatif d'autres régions et phénomènes similaires."

George Hilley, géologue à l'Université de Stanford (non impliqué), qualifie l'approche d'"assez intelligente". "Les variations de danger dépendent des interactions complexes entre humidité du sol et précipitations futures", ajoute-t-il.

Forêts résilientes : bouclier contre les glissements de terrain dans les Alpes autrichiennes face au réchauffement

Les glissements de terrain résultent de séismes, volcans, activités humaines ou sols gorgés d'eau. "Un sol humide devient lourd et glisse si mal stabilisé, comme par des racines d'arbres", précise Maraun. Le changement climatique accentue les risques via incendies forestiers, érosion côtière et pluies extrêmes.

Dans les Alpes autrichiennes, la pluie est le déclencheur principal. Les chutes de neige hivernales de 2009 ont saturé les sols de Feldbach, aggravant les glissements de juin.

Maraun et son équipe ont simulé ce scénario météo actuel et futur : +4 °C (pire cas), +3 °C (statu quo), +0,5 °C (optimiste). L'analyse porte sur une zone de 200 x 200 km dans l'avant-pays alpin.

Avec le réchauffement, un sol plus sec (due à l'évaporation accrue) contrebalance les pluies plus intenses. Dans le pire scénario, la zone touchée gagne 45 % ; dans le statu quo, elle recule de 37 % ; optimiste : +10 % max.

Des forêts adaptées limitent les risques. Les épicéas actuels, vulnérables à la sécheresse, pourraient être remplacés par des essences à racines profondes, réduisant l'extension à 37 % max dans le pire cas, voire compensant totalement dans l'optimiste.

"Planter des forêts sécurise les pentes à haut risque, compensant le climat", note Maraun. Mais l'équilibre agriculture-biodiversité (forêts-prairies) est crucial dans cette zone agricole.

"On ne peut pas tout boiser pour zéro risque", tempère-t-il.

Les incertitudes sur précipitations et sols persistent, mais ces méthodes aident les gestionnaires à anticiper, selon Hilley. "Ces études guident l'adaptation aux risques futurs."


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