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L’avenir de la conservation aux États-Unis : la restauration au cœur de la protection des écosystèmes

L’administration Biden a récemment lancé l’America the Beautiful Challenge, un programme doté d’un milliard de dollars financé par diverses sources pour soutenir des projets de conservation et de restauration écologique. Par ailleurs, le Recovering America’s Wildlife Act, une proposition de loi bipartisane, pourrait injecter 1,4 milliard de dollars par an aux États et aux tribus pour protéger leurs espèces les plus menacées.

Ces initiatives interviennent à un moment crucial. Le dernier rapport du GIEC indique que les engagements climatiques mondiaux actuels sont insuffisants pour limiter le réchauffement à 1,5 °C par rapport aux niveaux préindustriels, seuil critique pour éviter les impacts les plus graves. Atteindre cet objectif exige non seulement une transition vers des énergies propres et la neutralité carbone, mais aussi l’élimination massive du CO2 déjà présent dans l’atmosphère.

La protection des écosystèmes absorbant le CO2 et le stockant dans les sols sera déterminante. L’objectif « 30 x 30 » de l’administration Biden vise à conserver 30 % des terres et eaux naturelles américaines d’ici 2030, pour contrer le changement climatique et l’érosion de la biodiversité. À moins d’une décennie de l’échéance, les premières grandes politiques avancent.

L’America the Beautiful Challenge propulse cet objectif en centralisant fonds publics et privés, simplifiant les demandes de subventions pour États, tribus et ONG. Il dispose déjà de 440 millions de dollars fédéraux sur cinq ans : 375 millions issus de la loi sur les infrastructures de 2021 pour restaurer les écosystèmes, 35 millions du Service forestier pour la qualité de l’eau et la lutte contre les espèces invasives, et 25 millions du Département de la Défense pour les sites militaires. Les 660 millions restants proviendront de dons privés.

Dan Rohlf, professeur de droit de la faune à la Lewis and Clark Law School (Portland, Oregon), accueille ces mesures comme « une bouffée d’air frais », mais note que beaucoup de fonds sont un simple reconditionnement. Pour atteindre 30 x 30, « ce n’est même pas proche », estime-t-il.

« Nous sommes au cœur de la sixième extinction de masse des temps géologiques », alerte Rohlf. « Il faut des investissements massifs et un changement de nos comportements. »

L’impact réel dépend de la manière dont nous gérons ces terres une fois protégées.

Le Recovering America’s Wildlife Act pourrait ajouter 1,4 milliard de dollars annuels pour restaurer les espèces menacées. Introduit par les sénateurs Roy Blunt (R-MO) et Martin Heinrich (D-NM), il a été approuvé par le Comité sénatorial de l’environnement et attend un vote final au Sénat.

Depuis des décennies, États et tribus peinent à financer la conservation. Les agences de pêche et de faune dépendent des revenus de la chasse et de la pêche (licences, taxes sur armes et munitions), en déclin face à la baisse de participation, resserrant les budgets.

Certaines agences consacrent 90 % de leurs fonds à la gestion du gibier, négligeant autres espèces et habitats, souligne Rohlf. Ce texte vise à combler ce vide, mais son adoption reste incertaine : « Le Congrès rechigne à prélever un milliard supplémentaire sur un budget déjà tendu », prédit-il.

Des tentatives passées ont échoué, comme une version antérieure proposant de réaffecter revenus énergétiques ou taxes sur équipements outdoor.

Même avec plus de fonds, succès n’est pas garanti : une étude récente dans Nature sur les oiseaux de zones humides montre que la simple désignation « protégée » ne suffit pas.

« Les aires protégées fonctionnent, mais leur efficacité varie énormément selon la gestion ciblée sur les espèces », explique Hannah Wauchope (Université d’Exeter).

Pour réussir, l’administration doit mieux protéger contre les perturbations humaines, prioriser la séquestration carbone dans les forêts et réformer les pâturages bovins (émissions de méthane, dégradation des sols).

60 % des Grandes Plaines sont dégradées par l’agriculture intensive ; les zones humides perdent 80 000 acres par an. La restauration est impérative.

Inciter les propriétaires privés via le Farm Bill 2023, comme élargir le Conservation Stewardship Program, est essentiel pour des pratiques agricoles favorables à la faune et écoénergétiques.

« L’argent aide, mais inverser la crise exige de changer nos modes de vie, d’affaires et d’occupation des sols », conclut Rohlf.

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