À première vue, la salamandre errante, longue d'environ 13 cm, ne semble pas adaptée aux acrobaties aériennes. Vivant dans les cimes des séquoias californiens, cet amphibien ne possède ni membranes ni lambeaux de peau comme les lézards planeurs ou les grenouilles volantes. Pourtant, lorsqu'elle est dérangée, elle se lance dans le vide et glisse sur de longues distances jusqu'aux branches inférieures.
Ces descentes ne sont pas de simples chutes désordonnées, selon une étude publiée le 23 mai dans Current Biology. Dans une soufflerie, les chercheurs ont observé que les salamandres errantes (Aneides vagrans) adoptent une posture similaire à celle des parachutistes humains, utilisant leur queue et leurs pattes pour ralentir et diriger leur chute. Cette découverte suggère que d'autres animaux arboricoles pourraient posséder des aptitudes cachées au vol plané.
« La salamandre surprend car elle ne semble avoir aucune adaptation aérienne évidente », explique Jake Socha, biomécanicien à Virginia Tech, spécialiste des serpents volants. « De nombreux animaux ont évolué vers des comportements similaires pour contrôler leur trajectoire en vol. »
Les houppiers des forêts de séquoias forment un écosystème unique, note Christian Brown, doctorant en biologie à l'Université de Floride du Sud et co-auteur de l'étude. Des tonnes de débris s'accumulent entre les branches, créant des tapis spongieux riches en eau, plantes et petits animaux.
« En haut des arbres, on ne voit pas le sol de la forêt, mais un labyrinthe vertical de tapis de fougères », décrit Brown.
Les salamandres errantes sautent pour échapper aux prédateurs ou chercher de la nourriture et des partenaires. Ramper sur le tronc est long et risqué (dessèchement, attaques). « Prendre l'ascenseur gravitationnel est rapide et sûr », ajoute Brown.
Ces sauts se produisent souvent entre 40 et 80 mètres de hauteur. Une chute au sol n'est pas forcément fatale grâce à leur légèreté et l'amorti des tapis, mais elle expose à la famine, l'épuisement ou la prédation par des salamandres plus grandes comme la salamandre géante du Pacifique.
Ces risques favorisent l'évolution de capacités aériennes. Brown et son équipe ont noté des sauts uniques, comme un décollage sur deux pattes pour plus de contrôle.
Dans la soufflerie simulant une descente infinie, les salamandres errantes excellent. Elles adoptent une posture de « parachutisme » : jambes écartées, pattes déployées, cou arqué et queue relevée en forme de U, réduisant leur vitesse verticale de 10 %.
Elles pompent aussi la queue et bougent les membres pour des déplacements horizontaux, visant les tapis amortisseurs. Brown compare cela à une pagaie dans un kayak.
« Elles n'ont jamais perdu le contrôle, sauf en heurtant un mur. C'est impressionnant », souligne-t-il.
La salamandre arboricole, proche parent, est aussi compétente. En revanche, deux espèces terrestres s'agitent sans contrôle.
Prochaines étapes : observer en nature, étudier l'impact du vent et modéliser l'aérodynamique. Les salamandres errantes ont un corps plus plat, des pattes plus grandes et une queue courbée.