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Scott Kelly : la patience, qualité essentielle des voyageurs spatiaux vers Mars

L'astronaute américain Scott Kelly a passé 340 jours à bord de la Station spatiale internationale (ISS). Eos l'a interviewé sur cette mission exceptionnelle.

Des frères jumeaux identiques, tous deux astronautes : une opportunité unique pour la NASA. Il y a deux ans et demi, Scott a été envoyé à l'ISS tandis que son frère Mark restait sur Terre. Cette expérience est relatée dans un livre accessible et captivant : Un an dans l'espace, un astronaute pour la vie.

Elon Musk annonce des humains sur Mars d'ici dix ans, mais avec la technologie actuelle, le trajet aller dure six à huit mois. Un séjour moyen sur l'ISS est plus court, mais les pionniers martiens devront rentrer, affrontant isolement social et gravité réduite (2,5 fois moindre qu sur Terre), sans pouvoir ôter leurs combinaisons.

Les scientifiques ont encore beaucoup de travail avant d'envoyer des humains sur Mars en toute sécurité.

Ingénieurs, psychologues, médecins et biologistes étudient les effets de la microgravité prolongée, de l'isolement (malgré les cinq occupants permanents de l'ISS), des rayons cosmiques et des débris spatiaux. Scott Kelly fut l'un de ces sujets d'étude en 2015-2016, établissant le record américain avec 340 jours dans l'espace.

Scott Kelly : la patience, qualité essentielle des voyageurs spatiaux vers Mars

Son livre évoque les vues inspirantes de la Terre renforçant sa conscience écologique et humaniste, la gratitude d'une expérience rare, et le manque de sa famille. Touchant : l'impuissance à protéger ses proches lors de la fusillade contre sa belle-sœur Gabrielle Giffords en 2011, alors qu'il commandait l'ISS.

Mark Kelly, également astronaute, servit de "contrôle" génétique identique, permettant d'isoler les effets de l'espace sur Scott, lancé de Baïkonour le 27 mars 2015.

Les études comparatives avec votre frère ont-elles révélé de nouvelles données ?

« Les analyses prennent du temps et ne sont pas terminées. Mais déjà, mes télomères se sont allongés dans l'espace – une surprise, car ils raccourcissent normalement avec l'âge. La NASA l'attribue à l'exercice quotidien et au régime hypocalorique. À mon retour le 1er mars 2016, ils ont rétréci : la gravité y joue peut-être un rôle. »

Vous prônez les missions martiennes rapides, mais votre réadaptation terrestre fut ardue.

« La perte osseuse et musculaire est majeure, mais l'entraînement intensif atténue cela. La médecine progressera. Le vrai frein ? Le financement NASA, en baisse, ouvrant la voie aux privés comme SpaceX. »

Comment rester zen dans une capsule, face aux risques permanents ?

« Jamais de surcharge mentale, mais une vigilance constante. Les nerfs d'acier sont cruciaux, surtout pour cohabiter longtemps en confinement. La résilience psychologique deviendra un critère clé pour les missions futures. »

Un an dans l'espace. Un astronaute à vie. Scott Kelly et Margaret Lazarus Dean ; Harper Collins Hollande ; 416 pages, 24,99 € ; ISBN 9789402700473.

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