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Confinement : pourquoi les jeunes souffrent-ils le plus de la perte de contacts physiques ?

Les jeunes se sentent seuls deux fois plus souvent que les personnes âgées durant ce confinement. « Vous ne pouvez transmettre de l'empathie que si vous êtes assis ensemble dans une même pièce », explique Kris Van den Broeck, psychologue et chercheur à l'université d'Anvers.

Après cinq jours de confinement, 52 % de la population présentait un malaise psychologique. Les 15-24 ans sont les plus touchés : ils se sentent deux fois plus seuls que les seniors. Par ailleurs, l'utilisation des médias sociaux a augmenté dans tous les groupes d'âge.

Ces observations proviennent de l'étude internationale « Covid and I », à laquelle a participé Kris Van den Broeck, de l'Institut de recherche sur la santé et la société de l'UC Louvain.

Pourquoi les jeunes se sentent-ils deux fois plus seuls que les personnes âgées ?

« Nous avons besoin des autres pour être nous-mêmes. Les interactions sociales sont essentielles pour partager idées et sentiments, collaborer et accomplir des projets. Le confinement impose un changement radical, source majeure d'inconfort psychologique pour tous. »

« Le manque de contacts sociaux pèse plus lourdement sur les jeunes. Pour eux, ces échanges sont cruciaux pour forger leur identité, un processus largement perturbé aujourd'hui. »

L'utilisation accrue des médias sociaux compense partiellement ce manque, mais reste insatisfaisante. Plus de la moitié des jeunes expriment leur déception quant à la qualité de ces contacts virtuels, une insatisfaction qui diminue avec l'âge. Ils regrettent manifestement le contact physique réel.

« Les seniors mènent un mode de vie avec moins de contacts sociaux, qui occupent une place moindre. La perte du contact réel est donc plus nocive pour les jeunes que pour les adultes. »

L'essor des médias sociaux aide-t-il vraiment ou aggrave-t-il la situation ?

Rechercher du soutien est clé pour surmonter les difficultés. S'ouvrir à un proche aide à structurer ses pensées et à résoudre les problèmes.

« Concentrez-vous sur ce que vous pouvez contrôler. Structurez votre journée, mangez et vivez sainement. » Kris Van den Broeck

« Beaucoup utilisent les réseaux sociaux pour cela : contacter amis, famille ou même inconnus sur Facebook et forums. On peut aussi y puiser de l'énergie, comme ce jeune de 22 ans qui a ressorti son matériel de cirque pour créer et partager des vidéos. »

Cependant, les réseaux mettent souvent en avant des apparences idéalisées, ce qui n'offre pas un vrai soutien et peut même aggraver la dépression, surtout chez certains groupes.

« Les appels vidéo exigent des efforts pour se regarder dans les yeux, mais c'est la meilleure alternative pour l'instant. » Kris Van den Broeck

« De plus, les flux incessants de nouvelles négatives génèrent un sentiment d'impuissance et de panique, en soulignant la vulnérabilité collective face à une maladie apparemment très mortelle. »

Faut-il limiter le suivi des actualités ?

« Se laisser submerger passivement par ces infos n'est pas recommandé. Cela explique le lien entre usage des réseaux et mal-être. »

« Mieux vaut se focaliser sur l'action : structurer sa journée, adopter une hygiène de vie saine. C'est une approche proactive. »

Comment combattre la solitude ?

« Les appels vidéo sont utiles mais ne remplacent pas le contact réel, essentiel pour l'empathie via le langage corporel. Sur écran, regarder dans les yeux est maladroit, mais c'est la meilleure option actuelle, supérieure aux messages ou tweets. Plus cela mime la réalité, mieux c'est. »

« Priorisez les activités hors ligne, en respectant les mesures. C'est vital pour le bien-être. Évitez de plus les écrans prolongés. Voyez un ami avec modération, ou renforcez les liens familiaux – même si les ados rechignent. »


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