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Michaël Gillon : portrait de l'astronome belge chasseur d'exoplanètes et découvreur de Trappist-1

Parmi toutes les exoplanètes, les sept planètes du système Trappist-1 continuent de stimuler l'imagination. Michaël Gillon, l'astronome belge qui les a découvertes il y a sept ans, travaille désormais sur une nouvelle génération de « robots télescopes ». Avec les télescopes Speculoos, lui et son équipe poursuivent inlassablement leur chasse aux exoplanètes.

Michaël Gillon (ULiège) a reçu le prestigieux Prix Francqui 2021 pour ses découvertes révolutionnaires en astronomie. La détection de sept exoplanètes semblables à la Terre a inspiré des centaines d'études scientifiques. Le journaliste Senne Starckx l'avait interviewé il y a trois ans.

Récemment, une enquête de la Défense nationale belge révélait l'insatisfaction majoritaire des soldats. Plus de la moitié ne choisiraient plus l'armée, citant un manque de perspectives d'avenir. Michaël Gillon ne garde pas non plus un souvenir enthousiaste de ses sept années chez les Chasseurs Ardennais, un bataillon d'infanterie basé à Marche-en-Famenne. « En fin de compte, c'est devenu trop abrutissant pour moi. J'étais encore en mission en ex-Yougoslavie à l'époque, et nous n'avions pas à surveiller les gares et aéroports. »

« Que les amateurs réussissent à contribuer avec leurs propres instruments : très malin. »

Mais Gillon doute qu'il aurait accompli une telle trajectoire aussi rapidement sans ce passage dans l'armée après le lycée. « Je voulais vraiment m'engager. Je n'avais aucune envie d'étudier, je souhaitais aussi m'éloigner de chez moi et gagner en indépendance. L'aventure, le sport, les sorties fréquentes et la discipline m'attiraient. Cela a forgé mon caractère. »

À 24 ans, lors de sa démobilisation, Gillon fait preuve d'une remarquable persévérance. À l'Université de Liège, il obtient un master en biochimie, suivi d'un bachelor en physique. Au début des années 2000, pour sa thèse, il opte pour l'astrophysique, plus précisément la recherche d'exoplanètes. « Ce domaine connaissait alors sa percée majeure. En 1999, les astronomes avaient détecté la première exoplanète par transit (une planète passant devant son étoile, révélant son existence, sa masse et sa taille). »

Après un post-doctorat à l'Observatoire de Genève, Gillon retourne à Liège, où il dispose des ressources nécessaires. Le reste fait désormais partie de l'histoire. Avec le télescope TRAPPIST conçu par son équipe, fin 2015, ils découvrent un système stellaire avec trois exoplanètes, à 39 années-lumière de la Terre. Début 2017, quatre autres planètes sont ajoutées. Trois se situent dans la « zone habitable » : ni trop chaud, ni trop froid. Le télescope et le système sont aujourd'hui plus célèbres que la bière d'abbaye belge. Gillon imprègne aussi son projet Speculoos d'une touche belge : comme TRAPPIST, ces télescopes cibleront les petites étoiles froides, que les grands observatoires étudieront ensuite en détail.

Michaël Gillon : portrait de l astronome belge chasseur d exoplanètes et découvreur de Trappist-1

Gillon a été nommé par Time parmi les « 100 personnes les plus influentes » de la planète. En novembre, il a reçu le prestigieux Prix Balzan, quasi-Nobel italo-suisse, doté de 650 000 euros – dont la moitié dédiée à la recherche de jeunes talents. Eos l'a rencontré le jour de la remise des prix, mi-novembre à Berne.

Savez-vous déjà comment dépenser cet argent ?

« J'ai vaguement calculé que la moitié pourrait financer trois chercheurs. Cela accélérera le projet Speculoos (quatre petits télescopes à réflexion seront installés à l'Observatoire européen du Paranal au Chili). La part personnelle servira à rénover notre maison. »

Être astronome semble plus aventureux qu'il ne l'est. Vous passez la majeure partie de l'année à Liège.

« Nous gérons tout d'ici. Nos télescopes au Chili sont quasi autonomes, de vrais robots. Nous recevons les données pour analyse. Nous n'y allons que deux fois par an pour maintenance. En urgence, les équipes locales interviennent. »

Petit est beau. Cela vaut pour le télescope TRAPPIST, au miroir compact, et pour les étoiles ultra-froides que vous ciblez.

« TRAPPIST-1 est une naine rouge, petite et froide, flirtant avec le statut d'étoile. Elle est juste assez massive pour des réactions de fusion. C'est pourquoi trois planètes sont habitables malgré leurs orbites courtes (la plus extérieure, TRAPPIST-1h, en a une de moins de 19 jours). »

Jusqu'ici, les naines rouges étaient négligées par les grands télescopes. Vous avez prouvé leur intérêt.

« Nous avons démontré qu'il reste des niches pour des découvertes avec un design astucieux, sans technologies coûteuses. Certaines lentilles de TRAPPIST se trouvent même sur eBay. L'essentiel est de cibler précisément : ici, les ultra-froides. Les mini-télescopes lancent la découverte, laissant Hubble ou James Webb approfondir. Ils sont complémentaires. »

Un bricoleur autodidacte peut-il reproduire un TRAPPIST ?

« Oui (rires). Mais cela demande temps et investissement. L'astronomie dépend aussi des sites sombres : Atacama, Hawaï, Canaries, peut-être l'Himalaya. Même l'Australie-Occidentale est exclue par les cirrus. Les amateurs contribuent précieusement, confirmant observations ou aidant à détecter exoplanètes. »

Que savons-nous des sept planètes de TRAPPIST-1 ?

« Leurs orbites, masses, tailles et densités : rocheuses comme la Terre, potentiellement avec beaucoup d'eau ou gaz. Certaines évoquent Europe, lune de Jupiter. »

Quelle preuve irréfutable de vie extraterrestre ?

« Pas seulement l'oxygène, qui peut être abiotique. Cherchons un déséquilibre chimique fort : méthane, oxygène et eau en proportions impossibles sans vie. »

L'ELT (2024) et James Webb (2019) aideront-ils ?

« ELT détecte l'oxygène optiquement. Pour méthane et eau, il faut l'infrarouge de James Webb. Son lancement boostera notre domaine. »

James Webb étudiera-t-il TRAPPIST-1 ?

« Oui, prioritaire avec 100 heures d'observation. Nous aurons bientôt des données sur les sept planètes pour cibler les plus prometteuses. »

La NASA ou l'ESA ont-elles un protocole si vie détectée ?

« Pas à ma connaissance. SETI en a un pour signaux intelligents : pas de réponse sans consensus international, validé par l'ONU. »

Le public parle-t-il trop vite de vie extraterrestre ?

« Attention aux termes comme « Terre » ou « zone habitable », qui créent des attentes excessives. « Terre » signifie rocheuse ; « habitable » permet l'eau liquide. TRAPPIST-1 émet plus de rayons X et éruptions, rendant la stérilité possible. Mais étudier ces exoplanètes en détail est passionnant. J'espère partager cet enthousiasme sans déception. »


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