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1905 : L'attentat oublié d'Edward Joris, un Belge contre le sultan ottoman

Le terrorisme n'est pas un phénomène récent, comme le démontre l'histoire d'Edward Joris, un Anversois. À l'été 1905, il participa à un attentat contre le sultan ottoman à Constantinople.

1905 : L attentat oublié d Edward Joris, un Belge contre le sultan ottoman

Des historiens de l'Université d'Anvers ont exhumé cette histoire oubliée. Le terrorisme moderne, avec voitures piégées, prises d'otages et attentats-suicides, puise ses racines dans l'Europe du XIXe siècle, marquée par le nationalisme, le socialisme, le nihilisme et l'anarchisme. L'attentat raté de 1905 contre le sultan Abdülhamid II à Constantinople (aujourd'hui Istanbul) en est un exemple emblématique. Perpetré par des nationalistes arméniens chrétiens, il impliqua également un Belge, Edward Joris. La cible : le souverain d'un empire ottoman multilingue, multiethnique et multiconfessionnel.

Le contexte arménien

Edward Joris émigra à Constantinople en 1901, motivé par « son envie de voyager ». Ce choix n'était pas exceptionnel : au XIXe siècle, de nombreux Européens s'installèrent dans la capitale ottomane pour l'aventure, le travail ou l'ascension sociale. Qualifiés de « migrants individuels », ils occupaient des postes de commis, ingénieurs, architectes, enseignants ou domestiques auprès d'employeurs ottomans et européens.

Joris travailla d'abord pour la Deutsche Levante Linie, avant de rejoindre la Singer Company. Là, il rencontra Vramchabouh Kendirian, un Arménien ottoman impliqué dans le commandement de l'ARF (Fédération révolutionnaire arménienne) chargé d'assassiner Abdülhamid. Profondément ému par les massacres arméniens de 1894-1896 en Anatolie orientale, Joris adhéra à la cause et à la nécessité d'une résistance armée.

Via son ami « Vram », Joris et sa femme Anna Nellens intégrèrent le commando. Leur passeport belge les rendait moins suspects aux yeux des autorités ottomanes, facilitant les préparatifs. Ils participèrent activement au complot : 100 kg de mélinite, dissimulés comme du savon français, furent introduits en contrebande sous le nom de Joris.

L'explosion tua 26 personnes (surtout cochers et soldats), blessa grièvement 58 autres et abattit 55 chevaux. Le sultan, indemne mais choqué, échappa à l'attentat. Une semaine plus tard, la police ottomane arrêta Joris. En décembre 1905, il fut condamné à mort avec trois Arméniens, mais libéré en 1907 de manière inattendue.

Cet article a déjà été publié dans Eos Memo n° 11, 2014.


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