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Exploration planétaire : plus « Men in Black » que « Star Trek »

Les scientifiques de l'espace ne sont pas des génies omniscients comme Spock dans Star Trek. Notre travail ressemble davantage à celui des détectives de Men in Black, qui résolvent ensemble un puzzle extraterrestre complexe.

Les sondes spatiales vers d'autres planètes mobilisent souvent des centaines de scientifiques. J'y participe moi-même avec la mission JUpiter ICy moons Explorer (JUICE) de l'ESA, prévue pour un lancement l'année prochaine. Plus d'une centaine de chercheurs y travaillent déjà activement. Mais quel est précisément le rôle de ces scientifiques planétaires ?

Laissez-moi vous l'expliquer en comparant à Star Trek et Men in Black. Dans Star Trek, l'USS Enterprise arrive près d'une planète inconnue : Spock scanne et connaît tout en quelques secondes. Dans Men in Black, une équipe de détectives (hommes et femmes) enquête longuement sur des mystères extraterrestres. Laquelle est la plus proche de la réalité ?

Exploration planétaire : plus « Men in Black » que « Star Trek »

Curieusement, notre travail ressemble plus aux détectives de Men in Black qu'à Spock. Aucun chercheur ne peut tout faire seul, et cela demande du temps. Les scientifiques spatiaux forment une équipe qui décortique patiemment une énigme complexe.

Les scientifiques ne peuvent pas tout faire seuls

Dans la science-fiction, les chercheurs sont souvent dépeints comme des génies universels maîtrisant de l'aérodynamique à la mécanique quantique. Cela ne correspond pas à la réalité. Aucun individu ne peut exceller dans toutes les disciplines nécessaires à l'étude des planètes : biologie, géologie, physique des plasmas, dynamique des fluides, et bien d'autres.

Chaque scientifique spatial se spécialise donc dans un domaine. Comme les détectives de Men in Black, ils collaborent et font appel à des collègues experts.

Trois types de scientifiques

Les scientifiques planétaires se distinguent non seulement par leurs disciplines, mais aussi par leur approche. Je les classe en trois catégories : 1) Conception d'instruments (caméras, détecteurs de particules) ; 2) Analyse des données (ex. : étude de cratères via images) ; 3) Simulations (informatique ou laboratoire, ex. : impacts de météorites).

Exploration planétaire : plus « Men in Black » que « Star Trek »

En tant que planétologue, on se concentre généralement sur un type principal et un secondaire. Les experts complets sur les trois sont rares. Personnellement, je me spécialise dans les simulations et l'analyse de données, mais pas dans la conception d'instruments.

Les trois types sont interdépendants : l'analyse nécessite la connaissance de l'instrument et des simulations ; le concepteur s'appuie sur les experts en données et modélisation.

Aucun humain ne peut maîtriser toutes les disciplines nécessaires à l'étude des planètes.

La spécialisation dépend aussi des instruments : leurs différences rendent impossible une expertise universelle. Comprendre un seul instrument peut prendre des années, comme je l'ai expérimenté avec un détecteur de particules.

Patience requise !

Contrairement à Spock, qui analyse une planète en un clin d'œil, la réalité est plus proche de Men in Black : il faut du temps pour intégrer données, expertises et simulations. Une équipe collaborative est essentielle.

Le travail des scientifiques spatiaux évoque ainsi des détectives débattant de leurs apports respectifs, loin du génie solitaire.

(Merci à Birtie Meyers, Toontje Kunt, Sebastiaan Jammaers et Oliver Hall)

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