De nombreuses agences spatiales s'inquiètent du risque croissant posé par les débris spatiaux, tant pour les missions habitées que non habitées. Le film Gravity illustre dramatiquement les conséquences d'une collision : des satellites détruits déclenchent une réaction en chaîne menant à la destruction de l'ISS. Mais ces collisions sont-elles vraiment si dangereuses ? Le scénario du film est-il réaliste ?
Image : NASA
Cette vérification des faits a été réalisée par des étudiants en journalisme de la KU Leuven en collaboration avec les rédacteurs d'Eos et publiée sur factcheck.vlaanderen.
Fin avril, les astronautes de la mission SpaceX Crew-2, en route vers l'ISS, ont reçu l'alerte d'une possible collision avec des débris spatiaux. Fausse alerte, mais ces incidents se multiplieront avec la pollution spatiale croissante. Selon le Bureau des débris de l'ESA, l'espace compte 34 000 objets > 10 cm, 900 000 entre 1 et 10 cm, et 128 millions de particules < 1 cm. Les plus petits sont les plus dangereux : difficiles à traquer, ils apparaissent tardivement sur radar. « Parfois, un débris est trop petit, rotatif ou plat pour être détecté », explique Frank De Winne, unique astronaute belge de l'ISS et responsable du programme ISS à l'ESA.
L'impact des micro-débris ne doit pas être sous-estimé. « L'énergie cinétique dépend plus de la vitesse que de la masse. Une vis peut détruire un satellite », précise Ward Munters, expert en débris spatiaux à la KU Leuven. Récent exemple : le 12 mai, le bras robotique Canadarm2 de l'ISS a révélé un trou de plusieurs cm causé par des débris. L'ampleur et l'origine restent à évaluer, mais cet incident alerte sur les risques accrus.
Face à un débris approchant, des protocoles stricts s'appliquent à l'ISS. « On évalue si une manœuvre d'évitement est nécessaire. Si la trajectoire est imprévisible, l'équipage s'abrite dans les Soyouz, écoutilles fermées », détaille Frank De Winne. L'ISS dispose aussi de boucliers protégeant les modules habités contre des débris jusqu'à 1 cm, ajoute Ward Munters.
Les entreprises comme SpaceX multiplient satellites et vols habités, inquiétant NASA et ESA. La NASA a critiqué le projet AST & Science (243 satellites). « Le danger menace surtout les satellites utiles pour navigation, observation et télécoms. Nous en dépendons tous », alerte Frank De Winne. L'ESA prévoit que les collisions surpasseront les explosions comme source de débris.
Le syndrome de Kessler prévoit une densité orbitale causant des collisions en chaîne sur des décennies. Gravity l'accélère irréalistement. « Mais une explosion délibérée en cas de conflit pourrait le déclencher », note Ward Munters.
Manque cruel de règles sur le trafic et les armes spatiales. Ward Munters participe à un projet UE sur la gestion du trafic spatial. Frank De Winne plaide pour une coopération internationale, comme pour le climat. L'ESA soutient CleanSpace pour nettoyer les débris.
Le nombre de satellites et débris accroít les risques de collisions. L'ISS est bien protégée, mais les satellites sont vulnérables, menaçant nos services essentiels.
Références