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Joannie Rochette : Un cri du cœur pour la santé cardiaque des femmes

La mère de Joannie Rochette a tout sacrifié, y compris sa santé, pour faire d'elle une athlète olympique. Aujourd'hui, la célèbre patineuse artistique mène une campagne pour aider les femmes à détecter précocement les maladies cardiovasculaires.

« Nous n'avons jamais imaginé qu'elle avait un problème cardiaque. Jamais ! », confie la championne, la voix émue. En février 2010, deux jours avant sa performance aux Jeux olympiques de Vancouver, Thérèse Rochette, sa mère, succombe à un arrêt cardiaque. Un an plus tard, Joannie accepte qu'elle et son entourage aient ignoré les signes évidents de la maladie.

L'événement a défrayé la chronique. Le chagrin allait-il la submerger ? Se retirerait-elle ? Au contraire, Joannie fait preuve d'un courage exemplaire : deux jours après cette tragédie, elle livre une prestation magistrale au programme court. Le visage marqué par la peine, elle exécute parfaitement chaque figure, ne laissant tomber son masque qu'à la fin, sous un tonnerre d'applaudissements. Elle s'effondre alors en pleurs dans les bras de son entraîneuse. Elle brille au programme long et remporte la médaille de bronze.

Ce n'était pas le rêve olympique espéré. « On pense toujours que cela n'arrive qu'aux autres », dit-elle.

Comme à Vancouver avant de monter sur la glace, Joannie puise un courage immense pour partager son histoire publiquement. Son but ? Épargner à d'autres familles cette épreuve. Avec l'Institut de cardiologie de l'Université d'Ottawa, elle lance « Maman de mon cœur », une campagne contre la première cause de mortalité chez les Canadiennes : les maladies cardiovasculaires. « Si mon vécu aide d'autres femmes, c'est gagné. »

L'histoire de Joannie illustre un talent exceptionnel soutenu par une mère dévouée, mais qui négligeait sa propre santé. « Ma mère était ma plus grande fan, mais j'aurais voulu qu'elle se soucie plus d'elle-même. »

À l'île-Dupas, sur le Saint-Laurent, à 80 km au nord-est de Montréal, vivent les Rochette. Normand, le père, est ouvrier en construction ; Thérèse, préposée aux bénéficiaires. En 2002, un accident de voiture la blesse au dos, l'obligeant à quitter son emploi.

Joannie titube sur ses premiers patins près des cabanes de pêche sur le fleuve gelé. Son talent explose : à 13 ans, elle s'entraîne à Trois-Rivières en semaine, rentrant les week-ends. Sa mère ne rate aucune compétition et gère sa carrière, y consacrant 4 à 5 heures par jour.

Le patinage d'élite coûte cher. Normand cumule les contrats, Thérèse chasse les commanditaires et organise des dîners-bénéfices. La famille serre la ceinture. Sans psychologue, Thérèse filme les entraînements pour des analyses maison.

Mère et fille visent l'or olympique. Unies dans cet objectif, elles divergent sur la santé : Thérèse veille sur Joannie (repos, alimentation), mais s'ignore elle-même. Post-accident, elle prend du poids, fume excessivement. « Beaucoup fument dans la famille, on s'engueule souvent pour ça. »

Quelques semaines avant Vancouver, Thérèse ressent des malaises. Elle promet un médecin et un régime post-compétition.

Excitée, elle s'offre un manteau à 500 $. « J'étais ravie ! Je lui ai dit de penser à elle. »

Symptômes classiques : picotements au bras, douleur à l'épaule. Elle consulte une clinique pour une injection de cortisone.

À Vancouver, épuisée, elle s'allonge sur un banc. La nuit, Normand la trouve sans respiration. RCP vaine. Thérèse, 55 ans, est partie.

Normand informe Joannie au village olympique. Brouillard émotionnel. « Je ne voulais pas sortir. » Programme court dans deux jours : participer ou non ?

Thérèse l'inspire, comme après la mort de son partenaire en 2007. « Maman disait : continue à tout prix. » Devise : « Pas de regrets ». Joannie s'entraîne, patine malgré le deuil. « On trouve la force en soi. »

Un an après, Joannie assume son choix. Elle réfléchit aux antécédents familiaux (grand-mère maternelle, crise à 50 ans) et au mode de vie de sa mère.

Dans son portefeuille, une liste de symptômes pour le médecin : tous cardiaques. « Incroyable qu'on ait raté ça ! Mais je la garde en mémoire heureuse. »

Porte-parole de « Maman de mon cœur », Joannie alerte sur les signes et soutient les collectes de fonds pour l'Institut. « Pour mon réconfort et pour que des mères élèvent leurs enfants en santé. »

Convaincue des bienfaits d'un mode de vie sain, elle le partage. Fidèle au conseil maternel : « Pas de regrets ».

« Heureuse de nos 24 ans ensemble. Maman m'a élevée avec tout son amour, j'en suis fière. »

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