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Embolie pulmonaire : le témoignage d'une survivante après un vol long-courrier

À lire si vous prévoyez ou avez récemment effectué un vol de longue durée.

C’est un mardi soir que Cari MacLean a composé le 911. La veille, jour de l’Action de grâce 2012, cette hockeyeuse et marathonienne, mariée depuis 28 ans à Ron MacLean, animateur de Hockey Night in Canada sur le réseau anglais de Radio-Canada, avait ressenti une crampe au mollet.

La sensation rappelait celle éprouvée en avril précédent, après un vol vers le Vietnam. Elle envoya un texto à son amie pour annuler sa partie de hockey. Une fois Ron parti disputer son match avec son équipe, elle tenta de prendre un bain pour détendre son mollet, mais fut prise de nausées et vomit. Elle sortit difficilement de la baignoire et se regarda dans le miroir : son visage, ruisselant de sueur, était d'une pâleur cadavérique.

De la salle de bains, Cari fixait son lit à quelques mètres. Incapable d’y parvenir, elle s’improvisa une couche avec des serviettes sur le sol et s’y recroquevilla en position fœtale. Soudain, une voix intérieure retentit : Non, lève-toi, habille-toi et compose le 911. Hypnotisée, elle résista à l'envie de rester allongée. La voix insistait : Lève-toi, lève-toi !

Cari, ayant résilié l’abonnement au téléphone fixe, savait que son cellulaire était au rez-de-chaussée, dans la cuisine. Elle attrapa des vêtements et rampa à quatre pattes jusqu’à l’escalier, qu’elle descendit marche par marche. Enfin au téléphone, elle appela le 911. La téléphoniste demanda si le patient respirait encore. « Je suis la patiente, répondit-elle faiblement, et je vais très mal. »

Dès l’arrivée aux urgences, le Dr Mangesh Inamdar comprit la gravité. Le visage blême de Cari, son pouls filant et sa tension artérielle systolique à 60 mmHg (au lieu de 120 attendue chez une femme de 50 ans) évoquaient une rupture aortique, une hémorragie interne, un épanchement péricardique, un choc septique ou un infarctus massif. Mais le Dr Inamdar suspecta une embolie pulmonaire (EP) massive.

Une EP survient quand un caillot sanguin, souvent issu du mollet, migre vers les poumons et obstrue les vaisseaux. C’est fulgurant et souvent fatal : de nombreux patients décèdent avant d’atteindre l’hôpital. En 14 ans d’urgentiste, le Dr Inamdar n’avait jamais vu de survivant.

L’examen révéla des anomalies : mollets symétriques (pas de gonflement unilatéral classique), absence de douleur thoracique, mais essoufflement, reniflements et vomissements compatibles avec un virus. Une tomodensitométrie était idéale, mais l’instabilité de Cari l’interdisait. Son oxygénémie à 30 % (contre >99 % chez une athlète) était incompatible avec la vie.

Peu après, Ron arriva alors que l’état de Cari se dégradait : tremblements intenses après 20 minutes aux urgences. 70 % des décès par EP surviennent dans l’heure. Le traitement ? Un thrombolytique pour dissoudre le caillot. Risque : si hémorragie interne, il aggraverait le saignement et causerait la mort.

Une échographie exclut une hémorragie abdominale. Le ventricule droit hypertrophié confirma l’EP. « On lui administre le thrombolytique », décida le Dr Inamdar. Pas de retour possible.

Ron, ignorant ce qu’était une EP, comprit la gravité. L’injection faite après 40 minutes, tous fixaient le moniteur. Les regards de Ron et Cari, ensemble depuis le lycée à Red Deer (Alberta), pourraient être les derniers. Puis une infirmière sourit : « Bonne nouvelle, la tension et l’oxygénation remontent. » Cari s’améliorait.

Plus tard, la TDM confirma un gros caillot artériel pulmonaire et de multiples petits caillots. Le caillot s’était formé dans une veine du mollet lors du vol vers le Vietnam (jusqu’à 5 % des passagers à risque en long-courrier : altitude, déshydratation, immobilité). Il s’était détaché, migrant vers les poumons, causant fatigue et dyspnée.

Au fil des mois, Cari se rétablit lentement mais resta anxieuse, réticente à courir. Encouragée par Ron, elle reprit : au printemps, sous les cerisiers en fleurs, tout semblait neuf. « Les clichés sur les expériences de mort imminente sont vrais, dit-elle. Je me sens petite et grande à la fois : vivant l’instant présent, mais appréhendant la grandeur de la vie. Nos existences ne sont que de brefs instants. »

Les vols long-courriers (≥ 4 h) favorisent la thrombose veineuse profonde (TVP), précurseur de l’EP.

Prévention efficace :

  • Prenez 81 mg d’aspirine 30 min avant l’embarquement pour fluidifier le sang.
  • Levez-vous toutes les 2 h pour marcher dans l’allée, fléchissez-pointez les orteils.
  • Hydratez-vous abondamment, limitez l’alcool.
  • Surveillez vos mollets post-vol : un gonflement unilatéral signale un possible caillot.
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