Grâce à ses recherches révolutionnaires, Peter Vandenabeele a élucidé le mécanisme corporel responsable de l'explosion des cellules.

Pour un livre célébrant le 10e anniversaire de l'Institut flamand de biotechnologie (VIB), Peter Vandenabeele pose en studio photo en éclatant des ballons blancs symbolisant les cellules. Un clin d'œil à sa découverte du mécanisme qui provoque leur explosion.
Le corps humain est un équilibre constant entre mort et vie cellulaire. Chaque seconde, environ 1 million de cellules meurent et sont remplacées par un nombre équivalent. Dans un organisme sain, ces processus sont en équilibre. De nombreuses maladies perturbent cet équilibre : excès de mort cellulaire dans les inflammations ou maladies neurodégénératives, ou déficit dans les tumeurs et la résistance thérapeutique. Comprendre la mort cellulaire au niveau moléculaire est essentiel pour combattre ces pathologies.
"La recherche sur la mort cellulaire n'a vraiment décollé qu'il y a une vingtaine d'années. Les biologistes étudient la vie et voyaient longtemps la mort comme un accident, hors du champ vital", explique Peter Vandenabeele. "Or, mort et vie cellulaire sont intimement liées. Cet équilibre permet la formation des organes, la croissance des membres et le développement des réseaux cérébraux. Les cellules mortes ne disparaissent pas : leurs substances libérées stimulent la réparation et servent de matériaux pour les nouvelles cellules."
Suicide cellulaire programmé
Lorsqu'une cellule est infectée, endommagée ou vieillissante, des programmes suicidaires s'activent. Dès les années 1990, les scientifiques ont identifié l'apoptose : la cellule émet des signaux "trouve-moi" et "mange-moi", forme des vésicules et se désintègre comme du lait caillé. Son noyau se fragmente, et les phagocytes éliminent les débris sans inflammation.
Chez le ver rond C. elegans, les pionniers ont observé un programme génétique précis : sur 1 090 cellules, 131 meurent à des moments et endroits prédéfinis. Cette découverte des gènes impliqués a valu le Nobel de médecine 2002 à Sydney Brenner, Robert Horvitz et John Sulston.
Au cours des 20 dernières années, Peter Vandenabeele et son équipe ont révélé, via cultures cellulaires et souris transgéniques, un autre mécanisme : la nécroptose. La cellule explose, libérant son contenu qui déclenche une inflammation. Contrairement à l'apoptose silencieuse, la nécroptose est impliquée dans infections virales, rejets de greffes, sclérose en plaques, infarctus, lésions hépatiques ou perte auditive.
Vandenabeele et ses collaborateurs internationaux ont décrypté la cascade moléculaire : TNF, kinases RIP (RIPK1, RIPK3), caspases et MLKL, qui percent la membrane cellulaire, provoquant l'explosion. Récemment, son laboratoire explore la ferroptose, mort liée au fer, prévalente dans les cellules nerveuses stressées ou en hypoxie.
Thérapies anticancéreuses améliorées
Bloquer la mort cellulaire limite les dommages et inflammations. Chez les patients septicémiques, inhiber la nécroptose booste la survie. Chez la souris, cela atténue infarctus et AVC, prolonge la conservation d'organes greffés et réduit les rejets rénaux ou cardiaques.
Stimuler la mort cellulaire ouvre des voies anticancéreuses : les tumeurs échappent à l'apoptose. Des combinaisons de chimiothérapies et sensibilisants cellulaires promettent des doses réduites. Mais les pharmas hésitent, préférant les monothérapies brevetables. "C'est une question éthique, comme pour le VIH où les cocktails triomphent", note Vandenabeele. Son équipe explore aussi l'immunité via nécroptose tumorale.
Sous-financement de la recherche fondamentale
Du labo à l'hôpital, le chemin est semé d'embûches, la mort cellulaire intervenant souvent tardivement. Pourtant, moins de six ans après la découverte du rôle de RIPK3 par Vandenabeele, des essais cliniques démarrent. "Si bloquer la nécroptose sauve des vies, j'en serai fier. Mais je reste un chercheur fondamental."
Les applications comptent, mais la recherche de base reste sous-financée et médiatisée. "John Sulston soulignait dans son Nobel qu'il ne serait plus financé pour étudier un ver insignifiant." Aujourd'hui, 25 000 articles annuels sur la mort cellulaire contre 100 en 1990. Vandenabeele a tracé la voie : "La vraie recherche ouvre des portes, devenant nouveau point de départ."
Tous les cinq ans, la FWO décerne les Prix d'excellence, dite "Prix Nobel flamands", dans cinq domaines. Candidatures par pairs internationaux, jury indépendant.
Peter Vandenabeele est professeur à l'Université de Gand et directeur de recherche au VIB. Ses travaux sur la mort cellulaire inspirent traitements contre cancers, maladies auto-immunes et neurodégénératives. Plus de 310 publications, autorité mondiale en apoptose et nécrose.