Début mai, au festival Docville de Louvain, le documentaire Les Immortalistes met en lumière les travaux du biologiste Bill Andrews et du théoricien Aubrey de Grey. Ces experts affirment que la mort est un scandale évitable. La vie éternelle est-elle à portée de main ?
La Fondation Méthusalem, organisation à but non lucratif basée à Lorton (Virginie), accélère les recherches sur un remède aux maladies liées à l'âge, aux infirmités, à la souffrance et à la mort. Grâce à la médecine moderne, notre espérance de vie a déjà augmenté. Aujourd'hui, l'objectif est de contrer les pathologies du vieillissement pour une longévité illimitée dans un état de santé optimal.
Pour cela, la fondation finance la recherche d'une "biomédecine rajeunissante" et décerne le Mouse Prize (Prix Souris Méthusalem) au premier scientifique prolongeant significativement la vie d'une souris sans manipulations génétiques extrêmes. Plus de 3 millions d'euros ont été collectés à ce jour.
Elle soutient aussi le projet SENS (Strategies for Engineered Negligible Senescence), cadre scientifique développé par Aubrey de Grey, président et directeur scientifique de la fondation, et rédacteur en chef de Rejuvenation Research. SENS vise à réparer les dommages du vieillissement en rajeunissant les structures biomoléculaires et cellulaires, pour un corps fonctionnant comme à 25 ans. Science-fiction ou réalité imminente ?
Les sept dommages mortels du vieillissement
SENS identifie sept types de dommages liés à l'âge à réparer pour stopper le déclin physique et cognitif. En 2005, de Grey déclarait : "Si nous voulons des thérapies régénératives pour les générations actuelles et futures, il faut cibler le vieillissement."
1. Mutations et épimutations cellulaires
Modifications progressives de l'ADN dues au métabolisme, favorisant le cancer via une division cellulaire excessive. Solution : remplacer les cellules souches par des versions sans gènes télomériques allongés, renouvelables tous les 10 ans.
2. Mutations mitochondriales
Les mitochondries, "centrales énergétiques" cellulaires, accumulent des mutations dans leur ADNmt, altérant le fonctionnement cellulaire et accélérant le vieillissement.
3. Déchets intracellulaires
Molécules indégradables s'accumulant dans les cellules, liées à l'artériosclérose, la dégénérescence maculaire et des maladies comme Alzheimer.
4. Déchets extracellulaires
Protéines nocives hors cellules, comme les plaques amyloïdes dans Alzheimer.
5. Perte de cellules
Cellules irremplaçables ou à renouvellement lent (cœur, Parkinson, immunité).
6. Cellules indésirables
Cellules sénescentes bloquant la régénération et sécrétant des protéines toxiques (diabète, immunité affaiblie).
7. Connexions extracellulaires excessives
Rigidifiant les tissus, comme dans l'artériosclérose.
De Grey est optimiste : en 2004, il estimait que la première personne à vivre des siècles pourrait avoir 60 ans aujourd'hui, à condition d'éviter les accidents. Une fois le raccourcissement des télomères maîtrisé, la vie éternelle devient feasible.
Cette vision divise la communauté scientifique, où 120 ans est souvent vue comme limite biologique. Pourtant, de Grey s'appuie sur une "logique de fer" : des thérapies imparfaites prolongeront d'abord la vie (comme chez la souris), puis s'amélioreront itérativement chez l'humain.
Exemple : ALT-711 (Alagebrium) inverse certaines rigidifications artérielles, mais d'autres défis persistent, comme les thérapies géniques pour l'ADN mitochondrial.
Vitesse d'échappement de la longévité (LEV)
Les thérapies initiales traitent les dommages "faciles", mais perdent en efficacité. Chez l'humain, 20 ans de progrès scientifiques suffisent pour surpasser le vieillissement – contrairement aux souris. C'est la LEV : une fois atteinte, le rajeunissement devance le vieillissement indéfiniment.
Majoritairement théorique, SENS inspire des avancées validées, comme un essai de Cambridge sur les mitochondries (doctorat de de Grey en 2000). Le débat entre partisans et sceptiques anime la gérontologie.
Jeunesse éternelle : vieillir en bonne santé

Des régimes hypocaloriques ou médicaments ralentissent-ils le vieillissement ? Pas prouvé scientifiquement. L'exercice réduit les risques cardiovasculaires ou cancéreux, mais la sédentarité les annule.
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