Greet Van den Berghe dirige à la fois l'unité de soins intensifs et le laboratoire de recherche en médecine intensive de l'UZ Gasthuisberg à Louvain. Bien que exigeante, elle considère cette double casquette indispensable.

L'unité de soins intensifs de l'UZ Gasthuisberg, l'une des plus grandes d'Europe, accueille plus de 3 000 patients par an. Ici, la vie ou la mort se joue souvent en minutes. "La confrontation répétée à la mort est stressante", confie Greet Van den Berghe, qui supervise environ 180 infirmiers et 30 médecins. Elle pilote aussi un laboratoire de 30 chercheurs. "Les soins aux patients inspirent mes recherches. Les idées novatrices naissent du croisement entre pratique clinique et théorie", explique-t-elle.
La majorité des patients ne reste que peu de temps, mais Van den Berghe cible les séjours prolongés chez les malades graves (un tiers des cas). Malgré le contrôle des causes initiales (traumatisme, infection), leur état stagne. "Tous présentent un stress chronique identique, altérant métabolisme et hormones", note-t-elle. Ses travaux analysent ces changements pour distinguer les réponses adaptatives des nocives.
Contrôler la glycémie
Van den Berghe bouleverse souvent les pratiques établies. Elle a démontré, via essais en laboratoire et cliniques, que l'hyperglycémie en phase critique accroît la mortalité, contrairement à la croyance répandue. Maintenir une glycémie normale par insuline réduit les défaillances d'organes, accélère la guérison et baisse la mortalité. "Il faut oser questionner les habitudes basées sur des opinions plutôt que sur des études interventionnelles", insiste-t-elle.
Cette découverte a transformé les pratiques mondiales. "La réponse fut immédiate, mais l'application du protocole précis – juste dose d'insuline au bon moment – s'est révélée ardue. Une hypoglycémie excessive est néfaste, d'où des retours critiques. Néanmoins, des études confirmatoires ont validé les résultats. Aujourd'hui, les unités de soins intensifs évitent l'hyperglycémie via des protocoles adaptés."
Pour une mise en œuvre sûre, elle a collaboré avec l'équipe de l'ingénieur Bart De Moor (prix d'excellence KU Leuven-FWO 2010) afin de développer un algorithme calculant automatiquement les doses d'insuline personnalisées. En tests, il surpasse déjà les soignants.
Le jeûne thérapeutique
Ses recherches ont aussi ébranlé le dogme de la nutrition précoce en maladie grave. Un système d'élimination des dommages cellulaires dysfonctionne, corrélé à l'apport nutritionnel. Traditionnellement, on nourrissait tôt par voie intraveineuse.
Or, Van den Berghe a prouvé l'inverse : le jeûne initial (sans nutrition IV la première semaine) active des mécanismes protecteurs des organes, prévient les infections et accélère la récupération. "Aux États-Unis, adoption rapide ; en Europe, plus lente, freinée par l'industrie nutritionnelle. Désormais, cette pratique est largement réduite."
Recherche-t-elle délibérément des controverses ? "Non, elles surgissent. La réanimation, née dans les années 1950 avec les respirateurs, reste jeune. Nos études comblent les lacunes pour mieux soigner."
Les patients sont complexes : "Il faut détecter des patterns dans le chaos, filtrer le bruit, simplifier. Pour les effets à long terme (20 ans après), nos cohortes prospectives exigent patience et visites domiciliaires."
Recherche indépendante
Les essais cliniques coûteux attirent les financements industriels. "La collaboration est positive si les sponsors n'interfèrent pas sur conception, analyse ou publication", précise-t-elle. Mais elle déplore le faible taux d'études indépendantes (<10 % dans le New England Journal of Medicine). La reproductibilité est cruciale : "Avant adoption clinique, une découverte doit être confirmée et répliquée."
Liberté créative
Marquée par l'opération cardiaque de son frère, Van den Berghe s'est tournée vers la médecine, puis l'endocrinologie et la réanimation. "Mes mentors m'ont offert la liberté de tester des hypothèses audacieuses. Aujourd'hui, j'encourage mes équipes à innover, tout en les guidant si needed."
Les prix d'excellence FWO, dits "Prix Nobel flamands", récompensent tous les 5 ans les meilleurs chercheurs dans 5 domaines. Candidatures par pairs internationaux, jury indépendant.
Professeure à la KU Leuven, Greet Van den Berghe dirige les services clinique et recherche en médecine intensive à l'UZ Leuven. Ses travaux translationnels sur hormones et métabolisme en phase critique ont transformé les soins. Plus de 300 publications, interventions mondiales.