Dans la lutte contre Ebola, les travailleurs humanitaires doivent impérativement intégrer les habitudes socioculturelles des populations locales pour maximiser l'efficacité de leurs interventions.

Au colloque annuel de l'Institut de Médecine Tropicale d'Anvers, qui a réuni plus de 240 chercheurs de 58 pays, le Pr. Jean-Jacques Muyembe-Tamfum, microbiologiste à l'Institut National de Recherche Biomédicale de Kinshasa, a plaidé pour un rôle accru des sciences sociales. "En Afrique, le comportement socioculturel des populations locales est déterminant dans la propagation des maladies infectieuses", a-t-il déclaré.
En septembre 1976, le Dr. Jean-Jacques Muyembe-Tamfum fut l'un des premiers scientifiques à se rendre à Yambuku lors de la première épidémie d'Ebola, alors une maladie inconnue. Depuis, il combat inlassablement cette pathologie.
Il évoque les réactions traditionnelles des communautés face à la maladie et à la mort : "Lorsqu'une personne décède dans un village, parents et amis lavent souvent le corps, le touchent et l'embrassent pour exprimer leur affection. Il est courant de pratiquer une césarienne sur les femmes enceintes décédées afin que la mère et l'enfant effectuent séparément le passage vers l'au-delà. Avant les funérailles, ongles et cheveux sont coupés et envoyés aux proches."
Ces pratiques sont extrêmement risquées avec Ebola. "Le virus se transmet par les fluides corporels, et les cadavres restent hautement contagieux", précise Muyembe-Tamfum. "Lorsque cheveux et ongles voyagent vers d'autres villages, le virus y propage la maladie."
"Ebola est une épidémie de rumeurs. Quand je vois toutes les questions qui finissent dans ma boîte mail, j'ai parfois l'impression qu'on est revenu au Moyen Âge."
Interdire ces rites semble évident médicalement, mais sur le terrain, c'est plus complexe. "Les communautés africaines se méfient souvent des humanitaires occidentaux en combinaisons protectrices, qui isolent les malades derrière des barrières plastiques, brûlent les biens des défunts et prohibent les funérailles traditionnelles", explique-t-il. "Elles doutent d'Ebola, préférant les rumeurs d'arme biologique ourdie par les Occidentaux."
Les humanitaires doivent mieux respecter la culture locale. "Plutôt que d'interdire les enterrements, fournissez des gants et expliquez comment honorer les défunts en sécurité", conseille Muyembe-Tamfum. "Indemnisez les familles pour les biens détruits et consultez les leaders communautaires pour changer les comportements à risque."
La coordinatrice nationale Ebola, Erika Vlieghe, alerte sur la rapidité de propagation due à la mobilité mondiale, mais tempère les craintes en Belgique : "Ebola est une épidémie de rumeurs ici aussi. Les questions que je reçois évoquent parfois le Moyen Âge."
Muyembe-Tamfum note le manque de préparation en Guinée, Liberia et Sierra Leone : "Ils pensaient Ebola limité à l'Afrique centrale et ont réagi tardivement. La prochaine épidémie sera mieux gérée, avec moins de victimes."
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