Votre bouche abrite un écosystème foisonnant de bactéries. Dans une bouche saine, la salive et les bonnes bactéries maintiennent les pathogènes sous contrôle. Vous pouvez veiller à ce que les bactéries nocives ne prennent pas le dessus.
Assis avec la bouche fermée pendant une demi-minute, chronomètre en main et éprouvette prête, j'ai collecté un maximum de salive en une minute et demie, sans stimulation active. Sans avaler, les glandes salivaires accumulent rapidement la salive.
Au Centre universitaire de dentisterie d'Amsterdam (ACTA), je participe à une étude scientifique impliquant 268 personnes, dont la salive, la langue, les gencives et la plaque dentaire sont analysées. Les chercheurs examinent même l'odeur buccale.
« Le brossage reste central, mais depuis quelques années, l'intérêt pour les bactéries buccales croît. » Wim Crielaard, professeur de dentisterie préventive à l'ACTA
Cette étude, menée par Wim Crielaard (professeur de dentisterie préventive à l'ACTA) et Bart Keijser (professeur de biologie des systèmes bucco-dentaires au TNO de Zeist), vise la prévention. « La dentisterie préventive évite les interventions invasives », explique Crielaard. « Le brossage est clé, mais le microbiome buccal – l'ensemble des micro-organismes de la bouche – retient de plus en plus l'attention. »
La plupart des recherches comparent bouches saines et malsaines (caries ou gingivite). Ici, l'objectif est différent : les bouches saines varient-elles ? Peut-on restaurer un microbiote défaillant ?
Mon échantillon de salive est abondant. « Bonne production ! », note l'étudiant. Les analyses révèlent enzymes, protéines, bactéries et leurs métabolites pour évaluer la santé de mon microbiote.
Autrefois vues comme ennemies, les bactéries forment la plaque dentaire, qui durcit en tartre. Les résidus alimentaires s'y accrochent. Certaines convertissent sucres et glucides en acides érodant l'émail (ex. : Streptococcus mutans).
D'autres dégradent les protéines, réduisant l'acidité mais favorisant la gingivite. L'inflammation des gencives, réaction immunitaire, les rend rouges et sujettes aux saignements.
« Nos ancêtres ignoraient le brossage au fluor, mais en avaient moins besoin. » Christina Adler, Université d'Adélaïde
J'ai souffert de gingivite chronique, causant des poches gencivales piégeant les débris. Le brossage seul ne suffit pas ; cure-dents à vie. Sans traitement, les gencives reculent, exposant les collets dentaires. Les bactéries protéolytiques pénètrent, menant à parodontite et perte osseuse.
Dans une bouche saine, bactéries pathogènes coexistent mais sont contrôlées par des espèces antagonistes neutralisant les acides. « Les producteurs et neutraliseurs d'acides sont en proportion idéale », précise Crielaard.
Brossage, fil dentaire et bain de bouche éliminent plaque et résidus. Les dentifrices tamponnent acides/bases, contiennent fluor (renforce l'émail, antibactérien) et abrasifs doux. Au-delà de deux brossages/jour, risque d'usure émaillée.
Pour tester, 41 volontaires ont arrêté le brossage deux semaines. Une caméra détectant protéines inflammatoires a révélé : inflammations rapides chez certains, symptômes légers chez d'autres, et un tiers sans problème. « Surprise majeure », note Crielaard. Les bouches saines varient.
L'équipe a identifié cinq écotypes basés sur bactéries (glucido- ou protéolytiques : streptocoques vs. veillonelles/prévotelles), métabolites et enzymes salivaires. Spécialisés ou adaptatifs, les écotypes spécialisés préfigurent caries ou gingivite.
Mon écotype : protéolytique sain, équilibré mais avec léger excès de productrices d'acides. Prudence avec les sucres.
« Les dentistes réparent trop tard. Mieux vaut prévenir. » Bart Keijser
Prédisposition et alimentation comptent. Régimes ancestraux pauvres en sucres limitaient les pathogènes acides (études suédoises 2009, australiennes 2013). Alimentation moderne favorise les acides.
Un petit-déjeuner acide/sucré (jus, pain) teste l'équilibre. La salive tamponne et répare, mais snacks répétés saturent : max. 7 attaques acides/jour, brèves. Groupez les sucreries.
Futur : analyses microbiotiques en routine (sans brossage préalable) pour conseils adaptés (chewing-gums, dentifrices ciblés). « Intervenez tôt ! », plaide Keijser.
Conseils actuels : chewing-gum sans sucre (xylitol inhibe pathogènes, stimule salive). L'hygiène bucco-dentaire dépend de vos bactéries : gardez-les alliées.
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