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Faut-il encore terminer complètement sa cure d'antibiotiques ? Une remise en question scientifique

pendant des décennies, on nous a recommandé de poursuivre un traitement antibiotique jusqu'au bout, même après la disparition des symptômes, pour prévenir la résistance bactérienne. De récentes analyses remettent en cause cette pratique.

Un groupe de chercheurs britanniques éminents a passé en revue de manière critique cette habitude. Ils se demandent sur quelles bases repose l'idée que « les antibiotiques doivent être pris suffisamment longtemps pour éviter la résistance ». Cette affirmation a-t-elle vraiment du sens à la lumière des connaissances actuelles ?

Son origine remonte au discours d'Alexander Fleming, lauréat du Nobel pour la découverte de la pénicilline, le premier antibiotique. Il avait déclaré : « Si vous prenez de la pénicilline, prenez-en assez. » Il avait observé en laboratoire que des bactéries sensibles pouvaient « s'acclimater » à la pénicilline. Cette recommandation a été adoptée par les médecins du monde entier et transmise aux patients.

Aujourd'hui, nous comprenons mieux la formation de la résistance. La plupart des bactéries pathogènes (angines, pneumonies, infections urinaires) coexistent pacifiquement dans notre corps, notamment dans les intestins. Lors d'un traitement pour un abcès dentaire par exemple, ces bactéries sont exposées aux antibiotiques. Plus la durée est longue, plus les souches résistantes se sélectionnent et prolifèrent – un phénomène appelé « sélection de garantie ».

Ces bactéries résistantes peuvent causer de nouvelles infections ou se transmettre à autrui. Les chercheurs préconisent désormais d'adapter la durée du traitement à l'évolution clinique : arrêter dès que la maladie est maîtrisée. Cependant, déterminer ce moment précis reste complexe, car il dépend du type d'infection, de l'état du patient et de la virulence bactérienne. Des études supplémentaires sont indispensables.

Que retenir de cette nouvelle perspective ?

Il ne s'agit pas d'une étude inédite, mais d'une analyse critique des connaissances sur les infections, la résistance et nos pratiques. De nombreux bactériologistes connaissaient déjà ces mécanismes, mais c'est la première fois que l'on remet en cause si frontalement les habitudes établies. Poursuivre « assez longtemps » n'empêche pas la résistance ; au contraire, cela pourrait l'aggraver.

Les chercheurs citent une étude sur des patients pneumoniques : après 5 jours d'antibiotiques, un groupe a arrêté si la fièvre était absente depuis 48 heures, l'autre a continué selon décision médicale (souvent plus longtemps). Aucune différence en termes de guérison.

La principale cause de résistance reste la surprescription : antibiotiques pour angines virales ou toux banales. Le message prioritaire demeure : limiter strictement leur usage.

Cette vision ne justifie pas d'arrêter seul dès l'amélioration. Il faut éradiquer suffisamment les pathogènes. Des recherches sont nécessaires pour définir la durée optimale.

Conclusion

Une analyse scientifique critique conteste l'idée de toujours achever une cure entamée. Le moment idéal d'arrêt reste à préciser. Ne stoppez pas prématurément sans avis médical. Pour combattre la résistance, ne prenez des antibiotiques que si nécessaire.


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