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Pourquoi éviter la cigarette électronique et l'IQOS ? L'analyse critique du Dr Marleen Finoulst

Le Dr Marleen Finoulst, médecin et chroniqueuse pour Eos, a été sollicitée par Philip Morris pour promouvoir la cigarette électronique. Une nouvelle tactique de Big Tobacco pour élargir son marché, dénonce-t-elle.

Il y a quelque temps, une représentante d'une agence de communication, mandatée par Philip Morris, m'a contactée. Un toxicologue, directeur de la cellule de recherche d'un géant européen du tabac, souhaitait me rencontrer. Il voulait discuter d'un nouveau programme de produits tabagiques à risque réduit. Selon lui, les fabricants de cigarettes prennent conscience des méfaits du tabac et investissent des milliards dans des alternatives plus saines. Ils cherchaient à en parler avec des influenceurs locaux influents.

Les fabricants de cigarettes investissent des milliards pour offrir des alternatives plus saines, semble-t-il.

L'alternative phares se nomme IQOS, acronyme signifiant "J'arrête de fumer ordinaire" – ou plutôt, j'abandonne les cigarettes classiques pour une option plus élégante, sous forme de stylo sophistiqué. On m'a également demandé si la rencontre pouvait se tenir en ma qualité de coordinatrice du site healthscience.be, affilié au Centre belge pour la médecine factuelle (CEBAM). Cela conférait une crédibilité scientifique. J'imaginais déjà le communiqué : "IQOS testé par le CEBAM".

Vous l'avez compris : j'ai décliné l'invitation. Malgré ses relances, j'ai proposé une alternative pour la santé publique : arrêter complètement la production de produits du tabac. Ceux-ci créent une dépendance extrême, qu'ils soient brûlés ou chauffés, et sont mortels. Aucune réponse n'a suivi.

IQOS ressemble fort à la cigarette électronique : les deux chauffent un liquide pour produire une vapeur inhalée, sans combustion ni fumée. Exit goudron et monoxyde de carbone, deux toxines majeures de la cigarette traditionnelle. Mais nicotine addictive au rendez-vous pour les deux. La différence tient au liquide des e-cigarettes, où de nombreux composés nocifs ont été détectés.

Pourquoi éviter la cigarette électronique et l IQOS ? L analyse critique du Dr Marleen Finoulst

Selon les scientifiques de Philip Morris, IQOS est 90 % moins nocif que la cigarette classique. Ils n'ont pas tout à fait tort : la fumée de tabac contient plus de 4 000 substances toxiques, dont au moins 70 cancérigènes. Cependant, les effets pulmonaires des vapeurs d'IQOS et des e-cigarettes restent mal connus.

Des chercheurs de l'Université de Berne ont analysé les émissions d'IQOS et y ont trouvé des cancérigènes comme le monoxyde de carbone, des composés organiques volatils (COV) et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), à des concentrations moindres qu dans la fumée de tabac.

Pour l'heure, e-cigarettes et IQOS sont envisagés comme aides au sevrage pour fumeurs motivés. Au Royaume-Uni, la vape est populaire chez les fumeurs. En Belgique aussi, certains l'utilisent pour réduire ou arrêter. Les autorités sanitaires déconseillent toutefois aux non-fumeurs, y compris adolescents, de s'y essayer : risque addictif majeur. Les jeunes anti-tabac qui vapotent par curiosité ont six fois plus de chances de se mettre au tabac.

C'est précisément l'objectif de l'industrie du tabac : maximiser sa base de clients en rendant la nicotine addictive accessible aux jeunes. IQOS en est l'exemple récent, lancé aux Pays-Bas, au Japon et en France. En Belgique, disponible en ligne sans entrave. Comme l'expliquent les experts Luk Joossens et Wanda de Kanter : Philip Morris vise avant tout le profit.


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