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Le nez électronique : un détecteur révolutionnaire des maladies intestinales et cancers

Le nez électronique s'impose progressivement en médecine. Cet appareil innovant a récemment démontré sa capacité à détecter les infections intestinales. Quelle est cette technologie ? Arrivera-t-elle bientôt à l'hôpital ?

Le nez électronique : un détecteur révolutionnaire des maladies intestinales et cancers

Le nez électronique au service de la médecine

Des chiens renifleurs formés détectent certains cancers dans l'urine humaine. Des scientifiques du monde entier reproduisent cette aptitude avec des nez électroniques. La semaine dernière, les gastro-entérologues Nanne de Boer et Tim de Meij, du centre médical universitaire VU d'Amsterdam, ont testé l'eNose pour identifier la maladie de Crohn ou la colite ulcéreuse via l'odeur des selles. Selon leur étude publiée en janvier dans le Journal of Crohn's and Colitis, l'appareil distingue fiablement les enfants malades des enfants sains. Plus impressionnant encore : il différencie les deux pathologies par leur profil olfactif spécifique.

Principe de fonctionnement : chauffer les selles

Comme le nez humain, l'eNose identifie les odeurs complexes. Les chercheurs chauffent des tubes contenant des échantillons de selles, reliés à 32 capteurs. Les molécules odorantes modulent la résistance électrique de chaque capteur. « Comme le nez humain, l'eNose réagit à la composition globale des molécules, générant 32 variations de résistance », explique Nanne de Boer. Des algorithmes de reconnaissance de formes créent alors un profil olfactif unique.

La technologie, née il y a 30 ans dans un laboratoire NASA pour détecter les fuites d'ammoniac, est mature. Utilisée en sécurité (explosifs, drogues) et agroalimentaire (détection d'aliments avariés), elle émerge en médecine.

Applications contre le cancer

En médecine, l'eNose cible les marqueurs volatils des cellules cancéreuses. L'an dernier, De Boer et son équipe (VUmc) ont prouvé sa capacité à détecter le cancer colorectal et ses précurseurs (polypes) via les selles (International Journal of Cancer). Il identifie aussi l'asthme, la BPCO et le cancer du poumon dans l'air expiré, comme l'ont montré des études de l'Université d'Amsterdam.

« La plupart des recherches portent sur l'air expiré ; nous sommes pionniers sur les selles pour améliorer la prévention du cancer colorectal, et désormais l'inflammation intestinale chez les prématurés », note De Boer. « L'eNose pourrait prédire la maladie à partir d'échantillons de couches, anticipant les traitements. »

Vers un diagnostic par pets ?

L'eNose remplacera-t-il la coloscopie ? « Nos travaux sont des preuves de principe. La prochaine étape : validation sur de larges cohortes », précise De Boer. Des améliorations des capteurs et une analyse moléculaire (bactéries intestinales ?) sont en cours. Moins invasif que l'endoscopie, il pourrait un jour équiper les smartphones pour un suivi à domicile des maladies chroniques.


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