Même face à des traitements ciblés, une tumeur parvient souvent à déjouer les médecins. Mais en exposant ses complices cellulaires, elle devient vulnérable.
Les blessures courantes, comme une chute ou une piqûre de moustique, guérissent rapidement grâce à notre organisme. Les fibroblastes, cellules spécialisées allongées présentes partout dans le corps, excellent dans la réparation des plaies.
Quand des cellules tumorales malignes apparaissent, le corps réagit comme face à une blessure : les fibroblastes affluent en masse. Malheureusement, dans le cancer, ces cellules deviennent les «hommes de main» de la tumeur, contrecarrant nos thérapies actuelles. Durant mon doctorat à l'UAntwerp, nous avons identifié un moyen de neutraliser ces complices.
Les tumeurs exploitent les fibroblastes comme bouclier protecteur contre les traitements. De plus, en cas de pénurie nutritionnelle, les cellules cancéreuses métastasent en s'appuyant sur ces fibroblastes : ceux-ci pavent la voie, et les tumeurs les suivent.
Une tumeur utilise des cellules saines pour échapper au traitement.
Nos recherches ont révélé que les fibroblastes tumoraux expriment la protéine CD70, absente des fibroblastes sains. Dans une étude sur des patients atteints de cancer colorectal, nous avons détecté CD70 sur le «bouclier» entourant les cellules malignes. Nous pouvons ainsi les cibler sélectivement, sans risque pour les tissus sains.
Sans ces fibroblastes maléfiques, les cellules tumorales perdent leur capacité à métastaser. Ainsi, nous avons démasqué les vrais complices, rendant la tumeur plus sensible aux thérapies existantes.

Le prix Nobel 2018 a récompensé les pionniers de l'immunothérapie, qui active notre système immunitaire contre les tumeurs. Près de 60 % des patients en bénéficient aujourd'hui avec succès.
Pourquoi notre immunité ne détruit-elle pas spontanément les cellules cancéreuses, comme les bactéries ? Les tumeurs se camouflent en cellules normales et recrutent des cellules T régulatrices, les «casques bleus» qui protègent nos propres cellules.
Dans le cancer colorectal, les tumeurs sont enveloppées de ces régulateurs, neutralisant nos cellules immunitaires offensives. Nos travaux montrent que les fibroblastes tumoraux côtoient ces casques bleus et émettent des signaux inhibiteurs.
Les fibroblastes aident la tumeur à métastaser et bloquent l'attaque immunitaire.
En éliminant les fibroblastes via CD70, nous démantelons le bouclier tumoral et boostons l'immunité.
Les dépistages précoces du cancer colorectal améliorent les taux de survie à 90 % pour les petites tumeurs. Pourtant, sept Belges en meurent chaque jour, soulignant le besoin de nouveaux traitements.

La chirurgie, chimiothérapie, radiothérapie et immunothérapie fonctionnent bien pour certains, mais moins pour les grosses tumeurs. En neutralisant les fibroblastes (bouclier, inhibition immunitaire, métastases), nous optimisons ces approches.
Des thérapies anti-CD70 existent déjà, accélérant le développement clinique. Sans bouclier, les traitements standards seront plus efficaces, nous rapprochant d'un monde sans cancer.
Julie Jacobs (sciences médicales, UAntwerp) a été nominée pour la Flemish PhD Cup 2018 pour ses travaux sur les fibroblastes. www.phdcup.be