La sclérose latérale amyotrophique (SLA) est une maladie rare bien connue, popularisée par le Ice Bucket Challenge et diverses campagnes de sensibilisation. Mais saviez-vous qu'il existe des milliers d'autres maladies rares, posant des défis uniques aux médecins et chercheurs ?
Selon un article récent, ces pathologies touchent environ 300 millions de personnes dans le monde, bien plus que leur nom ne le suggère. Qu'est-ce qui unit ces patients ? Nous en discutons avec Eva Schoeters, coordinatrice et porte-parole de RaDiOrg, l'association faîtière belge des patients atteints de maladies rares.
« Dès qu'une affection touche moins d'1 patient sur 2 000, on parle de maladie rare. Notez qu'une maladie peut être rare dans un pays et pas dans un autre. La drépanocytose, trouble héréditaire perturbant l'hémoglobine des globules rouges, est courante en Afrique mais rare en Belgique. La maladie de Tay-Sachs, un trouble métabolique héréditaire, est plus fréquente chez les populations juives. »
« Non, mais la plupart sont graves et chroniquement invalidantes, impactant fortement l'autonomie des patients. La rétinopathie pigmentaire, groupe de troubles rétiniens héréditaires, n'est pas mortelle mais mène à la cécité progressive. La dystonie, trouble neurologique, provoque des mouvements involontaires et des postures anormales. »
« La SLA est la plus médiatisée, mais la mucoviscidose – trouble héréditaire rendant le mucus anormalement épais dans les poumons et organes digestifs – est l'une des plus fréquentes et potentiellement mortelles. La dystrophie musculaire de Duchenne (DMD), affaiblissant gravement les muscles, en est un autre exemple. »
« Une estimation récente indique que 3,5 à 5,9 % de la population mondiale est touchée, soit 300 millions de personnes. En Belgique, cela représente environ 500 000 patients. Bien que 6 100 maladies rares soient décrites, certains experts en comptent 8 000 à 10 000. Près de 400 d'entre elles concernent 98 % des patients, les autres touchant moins de 10 personnes par million. »
«Selon une estimation récente, 3,5 à 5,9 % de la population mondiale souffre d'une maladie rare»
« 72 % des maladies rares sont génétiques. Des symptômes familiaux récurrents doivent alerter. Les généralistes détectent via des symptômes inhabituels ou combinaisons atypiques, mais 9 sur 10 n'ont jamais entendu parler de ces pathologies. »
Les généralistes orientent vers des centres spécialisés en génétique humaine dans les hôpitaux universitaires, qui reconstituent le puzzle diagnostique et informent du suivi. Les spécialistes consultent Orphanet, base de données internationale sur les maladies rares.
«Les patients atteints d'une maladie rare rencontrent souvent des médecins qui qualifient leurs plaintes de psychosomatiques»
« Oui, 75 % concernent les enfants, 30 % décédant avant 5 ans. Certaines se manifestent tardivement, comme le CADASIL, trouble cérébral héréditaire causant AVC, migraines et démence prématurée après 40 ans. Le dépistage génétique avant 18 ans est éthiquement restreint, bien que possible via prestataires privés (qualité variable). »
En moyenne, 4,5 ans entre la première consultation et le diagnostic. Souvent, les plaintes sont jugées psychosomatiques, comme les tumeurs neuroendocrines diagnostiquées tardivement.
« Graves pour les maladies dégénératives : la perte est irréversible sans traitement adapté. Chez l'amyotrophie spinale (SMA), les fonctions musculaires ne reviennent pas. Les spasmes infantiles du complexe de sclérose tubéreuse, non traités tôt, augmentent les risques d'autisme et retard mental. Seulement 5 % des médicaments traitent la cause, mais d'autres atténuent les symptômes. »
« Les tests génomiques révèlent de multiples variants ; les outils 'matchmaker' internationaux relient symptômes et gènes suspects chez patients similaires. »
'Malheureusement, la majorité des maladies rares ne font l'objet d'aucune recherche'
« Peu de patients par pays = études difficiles et marché non rentable pour l'industrie pharma. Pourtant, ces maladies modélisent des troubles courants (épilepsie, autisme). Manque de registres freine les essais cliniques ; le registre belge est sous-utilisé. »
'Il y a un besoin urgent de plus de transparence sur les coûts d'investissement et de production des médicaments orphelins'
« Échecs multiples en R&D à compenser, mais les marges bénéficiaires sont excessives. Transparence requise sur coûts réels. Les prix annoncés pour thérapies géniques (2 M€) visent à normaliser l'excès. »
« Séquençage génomique complet systématique, dépistage néonatal élargi (même sans cura), IA pour diagnostics, CRISPR pour thérapies abordables. »
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