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Homegrown : l'avenir de la médecine régénérative

Il y a 53 ans, la première transplantation cardiaque humaine a eu lieu. Aujourd'hui, le principal défi reste la pénurie chronique de donneurs, entraînant de longues listes d'attente. La culture de tissus cardiaques en laboratoire pourrait-elle offrir une solution durable ?

Le cœur irrigue tout le corps en sang. Une partie de ce sang retourne au muscle cardiaque via les artères coronaires, qui nécessitent elles aussi une oxygénation. Lorsque ces artères se bouchent, comme lors d'une crise cardiaque, le muscle cardiaque peut nécroser. De nombreuses thérapies visent à restaurer la circulation, telles que l'angioplastie ou le pontage coronarien. Le temps est critique : plus la reperfusion est rapide, plus le tissu cardiaque est préservé.

« Le temps, c'est du muscle », dit-on souvent. Mais en cas de dommages trop étendus, une greffe cardiaque s'impose. Malheureusement, la rareté des donneurs allonge les listes d'attente. C'est pourquoi la recherche en thérapies régénératives se développe rapidement : elles visent à cultiver du tissu cardiaque à partir des propres cellules du patient.

Le pouvoir des cellules souches

Pour cultiver des tissus, il faut des cellules en quantité. Pas n'importe lesquelles : lors du développement embryonnaire, les cellules souches pluripotentes forment tous les organes principaux. Selon les signaux chimiques et physiques reçus, elles se différencient en cellules spécialisées – cardiomyocytes pour le cœur, entérocytes pour l'intestin, par exemple. Cette pluripotence en fait des candidates idéales pour recréer n'importe quel tissu en laboratoire.

Ces cellules souches sont-elles accessibles ? Comment les utiliser pour réparer un cœur abîmé ?

Où trouver des cellules souches ?

Dans un adulte, la plupart des cellules sont différenciées. Les cellules souches restantes sont multipotentes : elles ne produisent que certains types cellulaires. Les essais cliniques montrent qu'elles sécrètent des facteurs anti-inflammatoires favorisant la guérison, même sans former de nouveaux cardiomyocytes.

Les cellules différenciées ne sont pas inutiles : on peut les dé-différencier pour obtenir des cellules pluripotentes. Une autre source : les embryons, riches en cellules souches pluripotentes, mais posant des questions éthiques majeures.

Que faire avec ces cellules souches ?

Quelle que soit leur origine, ces cellules pluripotentes se multiplient en laboratoire et se différencient en cardiomyocytes. Injectées directement ou intégrées dans une matrice chirurgicale, elles réparent le tissu cardiaque endommagé. Contrairement à l'angioplastie qui limite les dommages, ces thérapies régénèrent véritablement le muscle.

Cependant, elles ne remplacent pas encore la greffe complète. Cultiver un cœur entier est-il envisageable ?

De la cellule à l'organe

L'idée d'un cœur bio-ingénieré est simple en théorie : déccellulariser un cœur de donneur et repeupler sa matrice avec des cellules souches du patient. Les cellules doivent recevoir des signaux précis pour se différencier correctement, comme in utero. Un bioréacteur simule ensuite les conditions cardiaques pour une maturation optimale. Bien que prometteur, ce cœur bio-artificiel reste expérimental.

Une complexité cachée

Cultiver des cœurs ou traiter avec des cellules souches est d'une complexité redoutable. Les applications cliniques sont limitées. En 2019, un patient chinois a été traité avec succès par cellules souches iPS (induites pluripotentes). La sécurité prime : risque tumoral oblige à une vigilance accrue. Ces thérapies de routine sont encore lointaines.

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