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Marion Koopmans : « Cela nous prépare à la maladie X » – Enquête OMS sur les origines du Covid-19

La virologue néerlandaise Marion Koopmans, de l'Erasmus MC, intègre l'équipe de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) chargée de retracer les origines de la pandémie. « Nous pourrions attendre des années pour des réponses définitives », confie-t-elle.

Fin décembre 2019, les autorités sanitaires de Wuhan signalent des cas de pneumonie d'origine inconnue. Plusieurs patients initiaux de ce qui deviendra le Covid-19 sont liés au marché de Huanan, où des animaux vivants sont vendus et abattus sur place – un environnement propice aux zoonoses.

Plus d'un an après le début de la pandémie, qui a fait plus de 1,5 million de victimes mortelles confirmées à l'époque, de nombreuses questions persistent. L'OMS a formé une équipe internationale pour identifier la source du SARS-CoV-2. Elle est arrivée en Chine début 2021. Marion Koopmans, désignée par Nature comme l'une des scientifiques à suivre en 2021, en fait partie.

Qu'espérez-vous découvrir ?

La question clé reste l'origine : le virus provient probablement des chauves-souris, mais son parcours vers l'humain est obscur. A-t-il sauté directement, hautement transmissible, ou s'est-il adapté via un hôte intermédiaire ? Contact via chasse, commerce illégal ou autre ? De multiples hypothèses méritent exploration.

« Nous savons depuis longtemps que des coronavirus de type SARS circulent chez les chauves-souris en Chine. Mais la question suivante est bien plus ardue : quelle est la prochaine étape d'un tel virus ? »

Pourquoi est-ce si crucial de le savoir ?

« Retracer l'origine permet de mieux anticiper les risques futurs. Pour la grippe aviaire, après 30 ans de recherches, nous identifions des marqueurs génétiques à risque, comme les mutations de la protéine de surface facilitant l'attachement aux cellules respiratoires humaines. Nous visons cela pour les coronavirus. »

« La métagénomique révèle les virus chez chauves-souris ou rongeurs, mais tracer l'étape suivante pour un système d'alerte reste complexe. »

Quel serait ce système d'alerte ?

« Des programmes surveillent déjà volailles et porcs pour la grippe. Un équivalent pour la 'maladie X' – pathogène inconnu à potentiel pandémique – serait idéal. Il faut aussi connaître les espèces hôtes et leur proximité avec l'homme. »

Cela accélérera-t-il les réponses aux futures épidémies ?

« L'OMS priorisait déjà SARS et MERS depuis cinq ans, favorisant des avancées vaccinales. Aujourd'hui, adapter les vaccins existants à une variante pourrait être rapide via études limitées. Pour les coronavirus, nous accumulons des savoirs comme pour la grippe, en préparant contre les familles virales à risque. »

Les coronavirus de chauves-souris chinoises sont des parents éloignés du SARS-CoV-2, selon l'OMS. Que signifie cela ?

« Pas de lien direct ; de multiples étapes intermédiaires possibles. Nos données sur ces virus proviennent d'échantillons limités et anciens. Des analyses plus exhaustives pourraient révéler plus de similitudes. »

Cela exclut-il un hôte intermédiaire ?

« Non, c'est une piste prioritaire. SARS via civettes, MERS via dromadaires – tous deux de chauves-souris. Des anticorps anciens confirment leur circulation. Un système d'alerte les cartographiera. »

Comment identifier cet hôte ?

« Basé sur la sensibilité des récepteurs animaux à la protéine spike, on cible les espèces via anticorps. Étudier les animaux du marché de Wuhan et leurs provenances est clé. »

Le virus pourrait-il venir d'ailleurs qu'en Chine ?

« Rien n'est exclu. »

Le rôle du marché de Huanan est-il clair ?

« Les premiers cas y sont liés, mais le virus a pu infecter ailleurs avant une surpropagation sur place. »

« Les cas initiaux à Huanan n'étaient peut-être que la pointe de l'iceberg. »

« Aux Pays-Bas, 4,5 % du personnel hospitalier était déjà infecté avant détection officielle, l'infection étant souvent asymptomatique. Idem possible à Wuhan. »

Un an plus tard, est-ce un frein ?

« Certaines enquêtes sont plus faciles rétrospectivement. Nos avancées sur les hôtes sensibles et diagnostics radiologiques aident. Comme pour Ebola, cela prendra des années. »

Espérez-vous des réponses clés ?

« Sans espoir, je n'y participerais pas. Une reconstitution précise serait idéale, mais identifier scénarios probables est réaliste – sur des années. »

Transparence chinoise assurée ?

« La Chine soutient la mission, avec de bons scientifiques et données partagées. Bureaucratie compliquera, mais espace suffisant attendu. »

Plan de départ ?

« Quarantaine de 14 jours, puis Wuhan, guidés par les questions. »

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