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Plaidoyer pour renforcer la communication scientifique en période de crise

Jamais l'importance de la communication scientifique n'a été aussi évidente qu'en 2020. Malgré l'abondance d'informations bien intentionnées, de nombreux citoyens peinent à s'y retrouver au milieu des règles changeantes et des débats complexes. Comment les chercheurs peuvent-ils tirer les leçons de cette crise pour guider la société vers une meilleure compréhension scientifique ?

Au début de la pandémie de COVID-19, les autorités ont indiqué que les masques faciaux n'étaient pas nécessaires pour se protéger mutuellement. Aujourd'hui, ils sont devenus indispensables. L'immunité collective a été évoquée puis abandonnée. Les enfants ont d'abord été considérés comme peu contagieux, autorisant la réouverture des écoles, avant que les données ne montrent le contraire. Comment un citoyen peut-il suivre ces évolutions ? Peut-on blâmer ceux qui se perdent dans les règles sur les bulles sociales ou les professions essentielles ? Même en suivant l'actualité, il est ardu de connaître les directives précises.

La science n'est pas toujours simple à vulgariser, car nos connaissances évoluent constamment. Pourtant, une communication confuse mine l'adhésion aux mesures. Elle profite aussi à ceux qui exploitent les incertitudes pour contourner les règles. Une communication claire est essentielle, tout en reconnaissant le doute inhérent à la science.

Le problème surgit quand le débat quitte les forums scientifiques pour les médias.

Nos experts COVID ne sont pas tous irréprochables. Steven Van Gucht, par exemple, incarne l'excellence : objectif, empathique et professionnel. Il inspire les scientifiques. Hélas, certains collègues s'exposent médiatiquement sans mesurer l'impact de leurs déclarations. Avoir une opinion divergente est légitime et propulse la science, mais ces débats doivent rester dans les cercles spécialisés, pas dans les médias grand public.

Les avis divergent sur ce qu'il faut communiquer. Beaucoup estiment essentiel d'informer sur toutes les facettes d'un sujet, y compris les résultats contradictoires – fréquents en recherche.

Pression éditoriale

Tout chercheur sait qu'il est difficile de reproduire fidèlement les résultats publiés ailleurs, en raison de variations méthodologiques, de matériel ou d'interprétation. La pression pour publier – jugée sur le nombre d'articles plutôt que leur qualité – est un fléau. Durant la pandémie, de nombreux chercheurs ont pivoté vers le COVID pour booster leurs publications, inondant les revues de travaux hétérogènes. Cela fournit du matériel à ceux qui s'expriment au nom de la science sans expertise approfondie, érodant la confiance publique.

La science n'est pas infaillible : de nouvelles données peuvent contredire les consensus. Elles méritent d'être considérées pour les politiques publiques, mais toujours avec prudence dans leur diffusion.

Communiquer auprès du grand public n'apporte pas la reconnaissance des publications scientifiques. C'est là le nœud du problème.

Le manque de compétences en communication s'explique par son statut marginal dans le milieu académique. Souvent vue comme un hobby, elle n'est ni reconnue ni financée. Pourtant, les financeurs exigent sa pratique sans la contrôler. Des progrès émergent : universités, VIB, IMEC investissent dans des services dédiés (Journée de la Science, réseaux sociaux). Des cours optionnels et des exercices de vulgarisation s'intègrent aux cursus.

Réévaluation nécessaire

L'urgence dépasse les avancées. La société a besoin de scientifiques communicants clairs, conscients de leur impact, sans dogmatisme. Intégrons l'enseignement de la communication dans les formations. Renforçons le rôle de Sciensano comme modérateur, émettant des messages unifiés. Valorisons structurellement la communication scientifique dans les institutions : elle n'est pas un luxe, mais essentielle pour diffuser les avancées.

Au-delà de la crise, boostons l'éducation scientifique via des ambassadeurs comme Lieven Scheire ou Hetty Helsmoortel. Une plateforme centralisée, soutenue par Sciensano et Technopolis, réunirait experts et public.

Élevons la communication scientifique au rang de partenaire égal de la recherche. Les opportunités sont immenses ; il ne manque qu'une structure.

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