Cinq instituts de recherche français ont suspendu leurs travaux sur les prions pour trois mois. Cette décision fait suite à la mort suspecte d'un technicien de laboratoire à la retraite, victime de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ).
Cet homme travaillait à l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE). Une enquête est en cours pour déterminer si la maladie a été contractée sur son lieu de travail. S'il s'avère que tel est le cas, il s'agirait du deuxième incident impliquant un technicien de laboratoire contaminé lors de recherches sur les prions.
La prolifération de protéines anormalement repliées affecte le système nerveux et provoque des troubles neurologiques.
Les prions sont des protéines mal repliées. Notre organisme assemble les acides aminés en chaînes, guidé par l'ADN, pour former des protéines fonctionnelles tridimensionnelles. Le prion correspond à une protéine normalement présente dans le cerveau. Lorsqu'elle est mal repliée, elle déclenche une réaction en chaîne : les protéines normales se replient anormalement à leur tour. Cette accumulation perturbe le système nerveux, entraînant des troubles neurologiques graves. Chez l'humain, elle cause la MCJ ; chez les bovins, l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB).

Dans les années 1990, une épidémie d'ESB, dite "maladie de la vache folle", a frappé le Royaume-Uni en raison de farines animales contaminées par des prions. Cette forme peut se transmettre à l'homme sous la forme d'une variante de la MCJ. En France, un cas confirmé concernait une technicienne de l'INRAE, décédée l'an dernier à 33 ans de cette variante, dix ans après s'être piquée le doigt lors d'une expérience avec des prions.
La recherche sur les prions présente des risques, souligne le professeur Patrick Cras, neurologue à l'Institut Born-Bunge et au laboratoire de neurobiologie de l'Université d'Anvers. « La MCJ est transmissible car la protéine prion induit la formation d'autres protéines anormales. La forme sporadique est moins contagieuse que la variante liée à l'ESB. Cependant, avec des contacts normaux, il n'y a aucun risque de transmission. La prise en charge des patients MCJ ne présente pas de danger. »
Le laboratoire de l'Hôpital universitaire d'Anvers est l'un des rares à pratiquer des autopsies sur des patients atteints de MCJ. Des protocoles stricts régissent la manipulation sécurisée des échantillons cérébraux, précise Cras. « Le tissu cérébral concentre le plus de matériel transmissible, nous y veillons scrupuleusement. Par exemple, tout matériel d'autopsie est à usage unique autant que possible. Sinon, il est décontaminé à l'hydroxyde de sodium et stérilisé à l'autoclave sous pression. »
Ces mesures assurent une protection adéquate, assure le professeur. « Travailler avec du matériel humain comporte toujours des risques. Comparé au COVID, au VIH ou autres pathogènes, le danger des prions est relativement limité. Nous en sommes conscients et appliquons des protocoles rigoureux dans nos laboratoires. »
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