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Balles magiques de la médecine : la révolution des anticorps et nanobodies

L'arsenal des médicaments à base d'anticorps ne cesse de s'élargir. La biotech gantoise Ablynx y contribue activement. La médecine a-t-elle enfin trouvé ses remèdes miracles ?


Le professeur émérite bruxellois Raymond Hamers est décédé le 22 août 2021 à l'âge de 88 ans. Pionnier de la recherche sur les nanocorps, il a découvert en 1989, avec sa femme Cécile Casterman et Serge Muyldermans, un nouveau type d'anticorps plus petits dans le sang du dromadaire, appelés plus tard « nanobodies ». En 2001, cela a donné naissance à la spin-off Ablynx de la VUB, spécialisée dans les médicaments à base de nanocorps. Cette découverte est détaillée dans cet article paru dans Eos (octobre 2014).

À la fin du XIXe siècle, le physiologiste allemand Emil von Behring protège des cobayes contre la diphtérie en leur injectant du sang d'animaux ayant vaincu la maladie. Premier à utiliser un antisérum, il reçoit le premier prix Nobel de médecine en 1901.

Cette approche évoque la vaccination, mais sans germes : von Behring identifie une substance inconnue dans le sang qui neutralise la bactérie.

Balles magiques de la médecine : la révolution des anticorps et nanobodies

Von Behring et Paul Ehrlich nomment cette substance Magic Kugel (balle magique). Le terme persiste : un remède miracle cible uniquement le pathogène, sans effets secondaires. Imaginez une thérapie anticancéreuse sans nausées ni perte de cheveux, ou un anticoagulant localisé.

Les anticorps : nos balles magiques naturelles

Notre système immunitaire produit dix millions de types d'anticorps, protéines en forme de Y. Chacun cible un intrus spécifique (bactérie, virus, cellule cancéreuse) pour le neutraliser ou le détruire, protégeant contre infections, cancers ou Alzheimer.

Les anticorps visent précisément l'agent pathogène – virus ou cellule cancéreuse – et épargnent les cellules saines.

Aucune défense n'est infaillible : trop lente pour la grippe, défaillante contre le cancer, ou hyperactive dans les maladies auto-immunes comme la polyarthrite ou l'asthme. Et si nous boostions ces anticorps ?

Balles magiques de la médecine : la révolution des anticorps et nanobodies

Des souris au laboratoire

Depuis 1975, le rêve d'anticorps humains produits en labo existe. Köhler et Milstein créent les premiers anticorps monoclonaux à partir de cellules de souris hybridées avec des cellules cancéreuses. En 1976, Ron Levy cible les cellules cancéreuses.

Problème : rejet par le corps humain. Résolu par « humanisation » ou souris transgéniques. Pour le cancer, des anticorps « armés » de toxines sont efficaces (ex. lymphome de Hodgkin, cancer du sein) ; une trentaine d'autres en développement.

Le rêve d'anticorps humains en laboratoire date de 1975.

Un tournant décisif

Depuis 2000, des centaines d'anticorps thérapeutiques sont testés contre cancers, inflammations, Alzheimer... Mais leur coût élevé pose question : remboursement accessible ? Exemple belge : Soliris pour Viktor Ameys (2013).

Production coûteuse en cellules animales. Solution : les nanobodies.

Les chameaux et les nanobodies

Chameaux, dromadaires et lamas produisent des mini-anticorps : dix fois plus petits, plus agiles, résistants à l'acide et à la chaleur. Idéaux pour tissus durs d'accès ou intestins.

Découverte sé rendipiteuse en 1990 par les étudiants de Raymond Hamers à Rhode-Saint-Genèse, via du sang de dromadaire. Confirmée avec du sang kenyan et tests sur tétanos.

Article fondateur dans Nature (1993). Production rapide (10 semaines) en bioréacteurs à levures : immuniser l'animal, cloner l'ADN, fermenter.

Balles magiques de la médecine : la révolution des anticorps et nanobodies

Ablynx mène une douzaine d'essais cliniques pour nanobodies contre cancer, thrombose, inflammations, ostéoporose. Variante abordable des anticorps classiques, ces balles magiques promettent de transformer la médecine du XXIe siècle.

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