Certains électeurs étudient attentivement les programmes et positions des partis politiques, tandis que d'autres se laissent guider par leur présence médiatique. Les sondages et les émotions jouent également un rôle déterminant dans notre comportement électoral, explique Bertjan Doosje, psychologue social et professeur en études sur la radicalisation à l'Université d'Amsterdam.
Sur la base de deux photos, des enfants et des adultes ont prédit qui remporterait les élections françaises de 2002.
Les Pays-Bas se sont rendus aux urnes le 15 mars 2017, avec pas moins de 28 partis en lice. Quels facteurs déterminent notre vote ? Comment sommes-nous influencés ? "Les politiciens qui dépeignent les Pays-Bas comme un beau pays, en touchant nos émotions, attirent les suffrages", déclare Doosje. "Les sondages incitent aussi à voter pour les grands partis."
Une combinaison des deux. Les personnes plus instruites se penchent généralement davantage sur les positions politiques. Les moins éduquées sont plus sensibles à la couverture médiatique. La télévision et Internet offrent une abondance d'informations électorales. Nous évaluons la fiabilité et la compétence d'un candidat en quelques secondes, rien qu'à son apparence.
Des recherches scientifiques montrent que enfants et adultes pouvaient prédire le vainqueur des élections françaises de 2002 à partir de deux simples photos, sans connaître les résultats. Outre les programmes et l'apparence, beaucoup votent pour le parti de leurs parents toute leur vie. Ou les chrétiens soutiennent Sybrand Buma (CDA) pour son ancrage chrétien-démocrate. D'autres, opposés à l'islam, choisissent Geert Wilders (PVV) sans analyser ses positions, en raison de son discours anti-islam.
La psychologie montre que nous apprécions ceux qui nous ressemblent. La science n'a pas encore prouvé si cela s'applique au vote, mais Geert Wilders est plus populaire dans sa région natale, le Limbourg, qu'en Hollande-Septentrionale. Les similitudes avec les leaders pourraient donc influencer.
Non, nos émotions dominent souvent. Les leaders charismatiques, comme Obama ou Jesse Klaver (GroenLinks), enthousiasment les électeurs. Leur message type : "Nous vivons dans un grand pays avec des problèmes, et je vous en sauverai."
Geert Wilders excelle aussi : il évoque les "beaux Pays-Bas qui s'islamisent" et promet d'y remédier. Cela flatte le sentiment national et répond à des peurs collectives liées à l'islam, captant ainsi les voix.
Oui, les études confirment leur impact. Personne ne veut "perdre sa voix". L'effet de train en marche pousse à choisir les grands partis des sondages, puis celui aligné sur nos vues.
Les sondages favorisent aussi le vote stratégique, comme en 2012 où le PvdA a profité des craintes d'une victoire VVD. Interdire les sondages quelques semaines avant le scrutin – pratiqué dans certains pays – pourrait être bénéfique.
Généralement oui, ce qui renforce les grands partis. Mais de nombreux électeurs restent fidèles à leurs convictions politiques.
Les médias façonnent les thèmes prioritaires et notre perception de leur importance, mais influencent moins nos positions idéologiques.
Cette app attribue un politicien au hasard. Les bons résultats reflètent plutôt les préférences préexistantes que un réel changement de vote.
Un conflit peut surgir : si vous soignez Rutte (VVD) malgré vos réserves, la dissonance cognitive ajuste vos opinions à votre comportement.
Phénomène émergent avec Trump et aux Pays-Bas (Henk Krol/50PLUS, Marianne Thieme/PvdD). Ces leaders relativisent les chiffres au profit de valeurs non quantifiables. Traiter les données comme opinions complique l'analyse de leur impact électoral.
Bertjan Doosje (1966), diplômé en psychologie de l'Université de Groningue, doctorat à Amsterdam sur les stéréotypes. Professeur titulaire en études sur la radicalisation à la Faculté des sciences sociales et comportementales. Spécialiste des stéréotypes, discrimination, émotions intergroupes, radicalisation et polarisation.