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Antidépresseurs : des traitements multi-usages au-delà de la dépression ?

Les médicaments surpassent souvent leurs indications officielles. Les antidépresseurs, en particulier, révèlent des potentiels insoupçonnés. Une prescription sur trois est délivrée hors autorisation de mise sur le marché (AMM). Comment exploiter au mieux ces usages étendus ?

Devenu père, Michael Briggs, physicien, refuse la colostomie face à sa rectocolite hémorragique. Après des heures à analyser la littérature médicale, il explore des alternatives à l'infliximab, efficace mais risqué.

Les médecins prescrivent aussi des antidépresseurs pour les migraines, bouffées de chaleur, TDAH et troubles digestifs

Les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) comme la maladie de Crohn ou la rectocolite hémorragique impliquent une attaque immunitaire de la muqueuse intestinale. L'infliximab inhibe le TNF-alpha, mais expose aux infections et à une perte d'efficacité.

En 2013, lors d'une poussée sévère, Briggs découvre que le bupropion, un antidépresseur, réduit la production de protéines inflammatoires chez la souris. Il tente l'expérience.

Adieu les saignements

Prescrire hors AMM est légal et courant pour les antidépresseurs : migraines, bouffées de chaleur, TDAH, troubles digestifs. Ces usages peuvent révéler de nouveaux traitements, mais les risques restent mal évalués hors dépression.

« Les antidépresseurs modulent la perception de la douleur »

Le bupropion, commercialisé depuis 30 ans, est sûr. Deux semaines suffisent à Briggs pour stopper les saignements, sans rechute depuis 2013, complété par régime et suppléments. Il partage son protocole, transparent sur ses biais : « J'espère ne plus jamais saigner. »

Supprimer les étiquettes

L'auteur, atteint de colite, teste le bupropion malgré les réserves médicales. Résultat : moins de selles, agitation initiale passagère. Combiné à l'escitalopram, il gère colite et anxiété. 80 % des patients MICI interrogés par Briggs rapportent un soulagement.

Les antidépresseurs agissent sur les neurotransmetteurs partout dans le corps. D'où leurs « effets secondaires » utiles, expliquant 1/3 des prescriptions hors dépression. La réglementation freine l'exploration de leur plein potentiel.

Coïncidence fertile

Richard Kast (Univ. Vermont) repère en 1999 l'effet anti-Crohn du bupropion chez une patiente. Des cas et études souris confirment, mais sans essais cliniques coûteux, faute d'intérêt pharma pour un générique.

Exemple : Brisdelle (paroxétine low-dose) approuvé en 2013 pour bouffées de chaleur malgré controverses sur l'effet vs placebo. Les ISRS comme la venlafaxine restent prescrits hors AMM.

Le savon et le chou

La FDA approuve Brisdelle malgré son comité, face au besoin non hormonal post-scandales hormonothérapie. Efficacité modeste (48 % vs 36 % placebo), mais option bienvenue. Les génériques freinent l'innovation.

Preuves concrètes

Jenna Wong (McGill) plaide pour des bases de données traçant les prescriptions hors AMM, comme au Québec ou en France. « Choix éclairé requis : beaucoup ignorent les indications prouvées. » Contradictions persistent, ex. bupropion et glaucome.

Antidépresseurs analgésiques

Jeffrey Jackson (Wisconsin) note les retours patients : soulagement de douleurs chroniques (estomac, IBS, migraines). Duloxétine approuvée pour fibromyalgie ; amitriptyline prescrite hors AMM pour douleur/insomnie.

Effet modeste (8/10 à 5-6/10), variable. Tricycliques > ISRS, mais plus d'effets secondaires. Dose faible suffit. « Tout se passe dans la tête : la douleur aussi. » Combiné TCC, synergie prouvée.

« Hors AMM sans preuves : inquiétant »

Boîte à outils universelle

Kast explore glioblastome (CUSP9 incl. sertraline) et appétit via mirtazapine. « Comme Apollo 13 : improvisez avec l'existant. » L'étiquette « antidépresseur » freine financements.

Article originel : mosaicscience.com (Wellcome Trust). Traduction sous Creative Commons.

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