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Antidépresseurs et deuil : aident-ils vraiment à surmonter le chagrin ?

« Nous voyons chaque semaine des personnes auxquelles on prescrit des antidépresseurs pour surmonter un deuil », explique le professeur émérite de psychologie clinique Manu Keirse dans un épisode récent de l’Université de Flandre. « Les antidépresseurs n’aident pas contre cela. »

Les antidépresseurs sont des médicaments destinés à combattre la dépression, une maladie psychiatrique. La tristesse liée au deuil, en revanche, est une réaction émotionnelle normale chez les personnes équilibrées. « Les antidépresseurs n’aident pas », insiste le professeur Keirse dans cette émission. L’Université de Flandre est une organisation à but non lucratif où des scientifiques flamands de renom dispensent des cours gratuits de 15 minutes sur des sujets fascinants, de manière accessible via Internet, radio et télévision. En novembre, l’expert belge en deuil le plus reconnu a présenté le processus de deuil, qu’il préfère qualifier de « survivre au deuil ». Selon lui, il est impossible de « gérer pleinement » la perte d’un être cher : il faut l’affronter et faire face à cette tristesse.

Le professeur Keirse décrit quatre tâches essentielles du deuil, que la personne endeuillée doit accomplir pour intégrer le chagrin :

  1. Accepter la réalité de la perte ;
  2. Éprouver la douleur de la perte ;
  3. S’adapter à un monde sans le défunt ;
  4. Se reconnecter émotionnellement à la vie sans le défunt.

Les antidépresseurs compliqueraient ce processus naturel.

Que dit la science ?

Les recherches sur le deuil et les antidépresseurs sont limitées. Les quatre tâches du deuil constituent un cadre théorique largement reconnu pour accompagner le processus de « survie au deuil ». Le deuil normal est difficile à définir : sa durée varie généralement de 6 à 18 mois, avec une amélioration notable attendue après six mois.

L’intensité du chagrin fluctue, avec des épisodes sombres qui font partie du processus normal, sans équivaloir à une dépression clinique. Les études confirment que les antidépresseurs ne réduisent pas la douleur du deuil, quel que soit son intensité. Ce qui aide vraiment ? Les conversations de soutien, l’écoute active et l’empathie.

Dans de rares cas, le deuil peut devenir compliqué : aucune amélioration après six mois, persistance du blocage. Là, les antidépresseurs peuvent offrir un effet modéré, mais toujours associés à un soutien psychologique spécialisé en deuil.

Conclusion

Après la perte d’un proche, tristesse et sentiments dépressifs sont normaux. La recherche montre que les antidépresseurs n’atténuent pas la douleur du deuil classique. Ils peuvent être utiles dans un deuil compliqué (sans amélioration après six mois), mais les entretiens de soutien restent bien plus efficaces que les médicaments.

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